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Détournement de traineau

nipedu-logo-nouveau.jpgAu mois de décembre, nous publiions un épisode de Nipédu dédié à la visite du salon Éducatec Éducatice1. Parmi les réflexions issues de nos partages à chaud sur place, nous faisions le rapprochement entre ce salon et une trop belle liste au plus fameux des habitants du pôle Nord. Depuis, Paris Expo Porte de Versailles est déjà passé dix fois à autre chose et toutes les boites de chocolats, même les moins bonnes, ont été terminées. Mais la question demeure : ces salons peuvent-ils profiter aux enseignants autrement qu’en leur vendant la même illusion qu’apporte décembre à nos petites têtes blondes, et dont elles finissent par se libérer avec plus ou moins d’amertume ?

Étude de marché

Première réponse, non. En apparence au moins, à grands coups de panneaux publicitaires au-dessus des stands, à celui qui aura le plus haut et le plus brillant, il y a d’abord les mastodontes du numérique. Ils présentent leurs outils dernier cri dont le développement a répondu à une étude de marché plutôt qu’à une étude pédagogique. Il y a aussi les vendeurs de mobilier qui proposent d’équiper une classe au prix du salaire annuel d’un enseignant. Et au milieu de cela, il y a aussi des programmes auxquels les écoles, classes ou élèves peuvent s’inscrire et qui, sous couvert de la légitimité des contenus disciplinaires qu’ils revendiquent, n’en vendent pas moins des solutions dont la réelle plus-value didactique reste à établir.

Nous voilà donc face à l’éducation sous ses aspects markéting et numérique les plus discutables, surtout si l’on considère l’état actuel de notre système éducatif, son manque de moyens à tous les étages pour pouvoir potentiellement céder aux tentations auxquelles nous sommes ici soumis.

Mais lorsqu’on a la chance de se balader dans cet univers avec de vieux briscards des évènements éducatifs, on ne rencontre pas que les « vendeurs ». On rencontre aussi les personnes et, assez soudainement, ces dernières nous aident à sortir des seules apparences. Nous avons ainsi parlé à des enseignants, dont deux en particulier ont retenu notre attention.

Le premier, celui que l’on nommera le « hijacker », absolument pas dupe de ce qui se joue ici, est venu faire le plein de goodies en tout genre pour réapprovisionner sa classe : les stylos, bloc-notes et autres ustensiles en libre-service dans les différents stands. Point de misérabilisme, simplement beaucoup de bonne humeur chez cet homme qui vient là pour, littéralement, prendre ce qu’il peut prendre, avec le plaisir intimement personnel de faire exister, ne serait-ce qu’un tantinet, la logique de l’arroseur arrosé, tout en faisant plaisir à ses élèves.

Le second, que l’on nommera « le reconverti », est celui qui, après la fatigue et la désillusion forte du terrain, croit fermement avoir trouvé le moyen de faire une différence en mettant son expérience d’enseignant au service d’un grand du numérique. Saisissant, mais logique pour tout le monde. Lui touche plus de monde pour diffuser ses idées, et sa boite se nourrit d’une expérience à laquelle elle ne peut pas avoir accès autrement.

Alors, peut-être que notre question de départ doit être reformulée : le premier enseignant, puis le second, puis tous leurs collègues que l’on n’a pas rencontrés mais qui bricolent eux aussi chacun à leur manière pour tirer quelque chose de ces salons sont-ils suffisants pour donner du sens et se jouer, au moins un peu, de cette logique mercantile irritante ? Cela reste dur à dire. Comme il l’est certainement de savoir si l’on préfère avoir été un enfant qui a cru au Père Noël ou pas.

Régis Forgione, Fabien Hobart et Jean-Philippe Maitre

Article paru dans le n° 575 des Cahiers pédagogiques, en vente sur notre librairie :

 

 

Le bienêtre à l’école

Coordonné par Andreea Capitanescu Benetti et Maëliss Rousseau
La recherche en éducation met de plus en plus l’accent sur l’importance du bienêtre à l’école, et les conditions à mettre en œuvre pour que les élèves persévèrent et réussissent scolairement, voire développent leur personnalité. Cela demande de faire émerger une relation apaisée entre les élèves, les enseignants, et les savoirs.


Notes
  1. « Éduque ta tech » : https://cutt.ly/UIs2iL2