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Débuter en collège REP, Une année pas à pas

Éditions de la Chronique sociale en partenariat avec les Cahiers pédagogiques, décembre 2021.

 

Ce petit livre a été écrit à l’initiative d’une équipe d’un collège REP de la région parisienne, un ouvrage que les auteurs auraient aimé lire lors de leur prise de fonction ! Un travail mené en lien avec une équipe de recherche et préfacé par Jean-Michel Zakhartchouk, soutenu par les Cahiers pédagogiques.

Entretien avec deux des auteurs, Baptiste Jardinier, professeur d’EPS (éducation physique et sportive) durant six ans en REP+ au collège Sonia-Delaunay de Grigny (Essonne), et Clémence Yao, professeure d’arts plastiques, durant cinq ans en REP+ aux collèges Sonia-Delaunay et Jean-Vilar de Grigny.

Pouvez-vous présenter l’équipe à l’origine de ce livre ?

Baptiste Jardinier : L’équipe est composée de neuf personnes. Lorsque je suis arrivé dans le collège avec Yoann Billard (conseiller principal d’éducation), nous avons été accueillis par Sylvia Franquésa (histoire-géographie), Thomas Roger (histoire-géographie) et Loubna El Kalkha (mathématiques), qui nous ont aidés à nous acclimater le plus vite possible, avec leurs conseils avisés ! L’année suivante, nous avons essayé de faire de même pour Clémence Yao (arts plastiques) et Alexis Quintin (EPS) quand ils nous ont rejoints. Nous avons appris à nous connaitre, à travailler ensemble, à échanger, à nous faire progresser mutuellement, toujours dans une logique de confiance et dans l’idée que chacun de nous peut apporter quelque chose à l’autre.

Comment s’est constitué le projet de ce livre, en lien avec la recherche et avec votre expérience ?

B. J. : L’idée est partie d’une boutade. Après plusieurs années à travailler ensemble, nous avions l’habitude à chaque rentrée d’accueillir les nouveaux collègues (entre dix et vingt selon les années), très souvent néotitulaires. Et à chaque rentrée, nous devions expliquer les mêmes choses, notamment dans le cadre de notre LéA – lieu d’éducation associé à l’IFE (Institut français de l’éducation) – où nous travaillons l’importance de collaborer avec les parents. C’est alors que Patrick Rayou, qui nous accompagnait en tant que chercheur, lors d’une formation avec l’équipe du LéA, me dit qu’il faudrait que l’on écrive un guide pour les nouveaux collègues. De l’autre côté, les nouveaux collègues nous remerciaient constamment pour nos conseils, car ils n’avaient pas appris en formation ce qu’on leur disait nous. Deux ans plus tard, j’ai demandé à Patrick s’il était partant pour le projet d’écrire un guide à l’attention des nouveaux collègues. Il a immédiatement dit oui. Puis les autres collègues en ont fait autant, à l’unanimité ! Pour moi, il était important que nous soyons plusieurs pour apporter une diversité d’expériences de par nos parcours, nos disciplines, nos statuts dans l’établissement.

En quoi peut-il être utile aux débutants ? Et aux plus chevronnés ?

Clémence Yao : De nombreux questionnements sont très rarement abordés en formation initiale : seraient-ils tellement évidents qu’ils n’appelleraient pas une réponse claire ? Toujours est-il que beaucoup de questions restent en suspens lors de la première année d’enseignement. Ce livre essaie de répondre à ces questionnements auxquels nous pouvons être confrontés en commençant à travailler. Nous avons essayé d’écrire un livre que nous aurions aimé lire en apprenant notre affectation en REP (réseau d’éducation prioritaire), voire, l’année précédente, lors du stage.

B. J. : Ce livre peut être utile pour prendre ses marques avec les élèves, avec les collègues. Il peut aussi aider sur toutes les démarches administratives qu’il faut accomplir lorsqu’on arrive dans un établissement, qui peuvent être stressantes. Un bon nombre de conseils vient de ce que nous ont dit nos collègues lorsque nous sommes arrivés, qui nous a grandement aidés. L’idée est d’éviter aux débutants les erreurs que nous avons pu commettre et qui, parfois, nous ont mis en difficulté, car la formation initiale ne suffisait pas.

Pour les plus chevronnés, ce livre servira de piqûre de rappel, car parfois, dans le feu de l’action ou lorsqu’une certaine routine s’installe (routine très relative en REP), on perd en lucidité dans nos gestes professionnels et on peut reproduire des erreurs de débutant. Il peut aussi leur donner des perspectives, car le dernier chapitre propose des choses à faire lorsqu’on n’est plus débutant mais bien installé dans l’établissement. En fait, nous n’inventons rien, mais nous sommes persuadés que le fait de partager l’expérience est la meilleure chose pour progresser. Cela donnera toujours des idées à quelqu’un !

Est-ce qu’enseigner en REP ou REP +, c’est « un autre métier  » ? Est-ce d’ailleurs en ces termes qu’il faut poser les choses ?

B. J. : Je pense que nous faisons le même métier, mais dans des conditions totalement différentes. À mon sens, il faut davantage parler du contexte. Les élèves sont tout aussi curieux, volontaires pour les mêmes choses, tout comme ils sont moins motivés par les mêmes choses également. Ils sont plus motivés par les sports collectifs en EPS que par la course, tout comme ils sont plus motivés par la peinture en arts plastiques que par la partie théorique sur la Renaissance ! Ce qui change, c’est que les élèves de REP ont davantage besoin de l’attention de l’adulte, davantage besoin de la reconnaissance de leur travail, car ils n’arrivent pas à se situer eux-mêmes, ils ont une faible estime d’eux-mêmes. Ils ont souvent peur de se lancer et de faire mal, ils préfèrent ne rien faire plutôt que de se tromper, et ne rien faire peut se transformer en amusements. Mais ils peuvent aussi se lancer, être très créatifs, et nous surprendre !

Là où la différence est flagrante, et on en revient au contexte, c’est sur la difficile gestion des émotions. Les élèves de REP sont souvent dans un environnement de tension où il ne faut pas se laisser marcher sur les pieds. Le moindre évènement peut être problématique, car il ne faut pas perdre la face vis-à-vis du groupe. Les mêmes élèves dans un contexte social apaisé, où il y a de la mixité sociale, n’auraient aucune difficulté à gérer leurs émotions et progresseraient très vite.

Les élèves de REP n’ont pas toujours la culture de l’école parce que le contexte familial, les origines, la durée depuis laquelle ils sont en France pour certains ne leur permettent pas d’être efficaces tout de suite. Hors REP, la culture scolaire est acquise pour la majorité des élèves. Cela dit, la culture scolaire peut être néfaste par moments, car les élèves montrent ce que l’on veut voir et peuvent ainsi masquer leurs difficultés. L’accompagnement est parfois plus juste, plus approprié en REP, car les élèves cachent moins leurs failles, en revanche nous ne parvenons pas toujours à le faire car nous sommes submergés par le grand nombre d’élèves qui ont besoin de nous. On en revient au besoin de mixité sociale. Les élèves de REP nous poussent à devenir meilleurs car il faut leur donner du sens, sans cela ils ne font pas ou très peu, alors que des élèves plus scolaires vont faire ce qui est demandé, même si cela n’a pas de sens pour eux et même s’ils ne savent pas réellement faire.

C. Y. : Enseigner en REP, c’est le même métier, en plus difficile. Les problématiques sont les mêmes, mais plus nombreuses et concentrées dans un même établissement. Les moyens, quant à eux, ne sont malheureusement pas à la hauteur des difficultés liées au REP. On essaye donc de donner le meilleur, mais cela demande une énergie folle. Pour ma part, je n’ai donc pas changé de pédagogie face à un nouveau public dans mon nouvel établissement non REP. Elle changera certainement à l’avenir, tout simplement parce que j’aurai appris de nouvelles choses avec l’expérience.

Est-ce que le travail avec une équipe de recherche a fait évoluer vos pratiques et votre conception du métier ?

B. J. : Le travail avec l’équipe de recherche m’a fait énormément évoluer. En REP+ les journées vont à dix mille à l’heure et la fatigue s’accumule très vite ! Ce qui fait que parfois on ne parvient pas à se remettre en question sur sa pédagogie, sur les contenus, notamment par manque d’énergie. Les temps pris pour cela avec l’équipe de chercheurs nous ont permis de lever la tête du guidon et de nous questionner autrement. Notamment sur la relation avec les parents, où les rapports n’étaient pas vraiment productifs, car nous ne faisions pas réellement équipe ! J’entends par là que lors des entretiens, je m’écoutais parler, le parent disait  et à aucun moment il n’était intégré à la discussion et à la réussite de l’élève.

Si vous deviez énoncer trois choses à faire quand on débute en REP, et trois choses à éviter, que diriez-vous ?

B. J. : Prendre en compte les conseils des personnes déjà présentes ; respecter ses élèves et chaque personne dans l’établissement, même si on peut parfois être tendu malgré le contexte ; et enfin, essayer de relativiser en pensant que, malgré la carapace très dure que peuvent avoir certains élèves, ils sont et restent des enfants avant tout ! Pour ce qui est des choses à éviter : être plein de certitudes, penser que l’on sait et que c’est aux élèves de se plier à nous ; vouloir régler les problèmes à chaud et immédiatement avec un élève, cela aura surtout l’effet inverse ; et quitter le collège avec ses problèmes.

C. Y. : Arriver avec le moins d’aprioris possible et, si c’est le cas, sans cesse travailler à briser ses propres représentations sur les établissements REP et le public auquel on enseigne. Il me parait donc essentiel de découvrir et de s’ouvrir au milieu dans lequel on travaille et au contexte en dehors de l’école (social, économique, culturel, etc.), afin de s’adapter dans la mesure du possible au public.

Travailler à être le plus juste possible et le plus transparent avec tous les élèves, en ne cédant pas à la colère face à eux malgré les conflits que l’on peut rencontrer.
Accepter qu’enseigner, ça s’apprend, et que l’on peut faire des erreurs (surtout quand on débute en REP). Pour nombre de jeunes professeurs, enseigner est une vocation et le métier de professeur ne s’apprend pas. C’est évidemment une fausse idée. Le plus important, c’est de travailler à trouver des solutions aux difficultés des élèves, de chercher à améliorer sa pédagogie.

Propos recueillis par Jean-Michel Zakhartchouk

Article paru dans le n° 575 des Cahiers pédagogiques, en vente sur notre librairie :

 

 

Le bienêtre à l’école

Coordonné par Andreea Capitanescu Benetti et Maëliss Rousseau
La recherche en éducation met de plus en plus l’accent sur l’importance du bienêtre à l’école, et les conditions à mettre en œuvre pour que les élèves persévèrent et réussissent scolairement, voire développent leur personnalité. Cela demande de faire émerger une relation apaisée entre les élèves, les enseignants, et les savoirs.