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Bien débuter en lycée

 

-143.jpgÀ quoi dois-je penser pour la rentrée ? Comment accueillir mes élèves dans la classe ? Qui sont les personnes ressources à solliciter au quotidien ? Comment élaborer ma propre pédagogie et sur quels outils et données m’appuyer ? En alliant informations théoriques et conseils pratiques, la série Bien débuter en accompagne les nouveaux enseignants dans leur prise de poste. Les clés, repères, retours d’expériences et outils proposés les aideront à entrer dans le métier et à comprendre les enjeux de leur nouveau lieu d’affectation. L’ouvrage s’adresse aussi aux étudiants en sciences de l’éducation et à tous les enseignants qui souhaitent actualiser leurs pratiques, en répondant aux questionnements pour développer postures et gestes professionnels, créer des conditions favorables aux apprentissages et optimiser les pratiques et conduites de classe.

 

Bien débuter au lycée, Anne Pédron

Bien débuter au lycée professionnel, Sabine Coste et Gilbert Crépin

QUESTIONS À ANNE PÉDRON ET SABINE COSTE
Pourquoi cela vous paraissait-il important de faire des livres destinés spécifiquement aux débutants ?

Anne Pédron : Débuter dans le métier, ce n’est pas rien, il y a souvent beaucoup de stress, de questions, et souvent les jeunes enseignants ont le sentiment qu’on ne s’adresse pas spécifiquement à eux, dans leur contexte professionnel. En commençant à écrire l’ouvrage, j’avais en tête les nombreuses discussions avec des enseignants débutants, un peu démunis le jour de la prérentrée. Car si la majorité des jeunes enseignants sont passés par le master MEEF (métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation) et donc quelques journées de stage, de plus en plus de collègues débutants en lycée n’ont pas eu de contact avec un établissement scolaire, ses élèves, ses pratiques avant la rentrée. Lauréats du concours après une reconversion professionnelle, contractuels, vacataires, ils ont besoin d’aller vite à l’essentiel, avec des exemples concrets leur donnant des idées.

Sabine Coste : Les enseignants qui entrent dans le métier en lycée professionnel (LP) viennent de multiples horizons, concours de recrutement, spécialistes d’un champ professionnel en reconversion (seconde carrière) ou contractuels, de plus en plus souvent. Très motivés par l’enseignement, ils sont pourtant très nombreux à méconnaitre l’univers de l’enseignement professionnel, avec son organisation des études, ses publics scolaires et ses modalités de certification. La maitrise des savoirs à transmettre ne suffit plus aujourd’hui à enrôler les élèves dans les apprentissages. La connaissance des jeunes arrivant au LP, de leur parcours scolaire et personnel, de leurs motivations est une ressource à connaitre pour enseigner efficacement. Des clés de compréhension des dynamiques des LP sont présentées pour revenir et transformer les premières expériences d’enseignement « en pro ».

Quelles sont les spécificités du lycée ou du lycée professionnel pour un enseignant débutant ?

Anne Pédron : Cette année particulièrement, avec la mise en œuvre de la réforme, tout le monde débute ! C’est donc à la fois plus simple et plus compliqué pour les jeunes enseignants. Mais plus globalement, la principale spécificité du lycée, c’est le bac, sésame vers l’enseignement supérieur. Les lycéens doivent faire beaucoup de choix, chaque année, et les enseignants en sont partie prenante, que ce soit dans la façon dont ils transmettent, évaluent, orientent, accompagnent les élèves. Au lycée, l’autonomie des élèves devient un maitre mot, mais encore faut-il savoir ce qu’on met derrière, si tout le monde est d’accord sur ce que ce mot recouvre dans ses pratiques.

Sabine Coste : Les LP vivent aussi une réforme, passée plus inaperçue que celle du lycée, mais impliquant des changements dans les activités des professeurs. Plus de travail interdisciplinaire, notamment dans la réalisation du chef-d’œuvre, et de la co-intervention nécessitent de penser les séances à plusieurs enseignants pour accompagner les élèves dans des choix de projet qu’ils mèneront tout au long de leur formation. Les enseignants sont amenés à encore plus être à l’écoute des élèves et à les conseiller dans le choix de modules en fin de parcours selon les perspectives envisagées, entrée dans le monde du travail ou poursuite d’études. La marque du métier en LP d’être relationnel est renforcée pour aider les élèves à des choix et s’engager dans des voies qui leur correspondent.

Comment avez-vous collecté la matière du livre ?

Anne Pédron : Ayant travaillé dans trois lycées dans trois académies complètement différentes, avec des profils de professeurs et d’élèves variés, j’avais beaucoup d’exemples de situations professionnelles en tête. Ça a été ma première source. Ensuite, j’ai interrogé mes collègues proches, mais aussi ceux que j’ai rencontrés grâce au CRAP.

Sabine Coste : D’origines multiples puis tissées entre elles, les données sont issues de travaux de recherches que j’ai menés, des dossiers coordonnés sur le LP pour les Cahiers pédagogiques, d’une revue de littératures issues du ministère, de la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) par exemple, de réflexions de professionnels et d’entretiens menés avec des enseignants, des formateurs et inspecteurs. Ces entretiens ont apporté des réalités de terrain qui exemplifient les orientations de la dernière réforme et apportent des illustrations pédagogiques qui ont fait leurs preuves.

Ce livre est-il surtout pratique ou avez-vous eu aussi la volonté d’interroger les valeurs qui sous-tendent les pratiques, valeurs que portent aussi les Cahiers pédagogiques ?

Anne Pédron : Il faut toujours interroger les valeurs qui sous-tendent les pratiques ! C’est pour moi la base du travail enseignant, ce qui fait que nous sommes des professionnels. Je crois en une éthique enseignante partagée, qui se construit par le dialogue, le débat, les désaccords. À partir de ce que nous vivons dans nos classes, dans nos établissements, et c’est pour cela que selon moi, il ne peut y avoir de guide pratique uniquement. La façon dont nous enseignons dit quelque chose de l’école et de la société que nous voulons. Je voulais que les jeunes professeurs en soient conscients.

Sabine Coste : Enseigner est un métier de concepteur, aussi l’intention première est bien d’apporter des clés de compréhension pour orienter l’activité des néoenseignants. Mais en aucun cas de prescrire leur activité. Les situations ou exemples présentés ne sont pas des modèles, mais viennent illustrer une démarche réflexive et porteuse de valeurs d’émancipation et de réussite de tous. Le métier nécessite de construire des règles de travail, qui en LP sont à partager avec les collègues pour faire tenir le cadre scolaire. Cet ouvrage contribue à rendre explicites ces règles, incorporées par les enseignants expérimentés, et parfois inaccessibles aux novices. Mon intention est bien d’offrir une boite à outils pour entrer dans le métier.

Propos recueillis par Cécile Blanchard