Au début, on ne voit rien. On cherche à voir pourtant. On plisse un peu les yeux, on lève encore la tête. Mais tout est noir. Décidément, il n’y a rien.

Et puis on en voit une. Ah mais oui, où avais-je les yeux, une toute petite. Et une autre, là. Aldébaran… et puis Sirius. L’Alpha du Centaure. Et soudain, le rideau du regard se déchire et la Voie lactée se met à y couler, s’infiltre dans les brèches et inonde tout. Il fait jour à minuit.

C’est ce ciel et ce regard naissants que nous décrit le dossier « Observer la classe ». Lorsqu’au début on ne voit rien, ou seulement ce que l’on vous montre, d’un doigt qui éteint tout le reste. Lorsqu’on observe parfois mieux à travers une grille, mais que parfois, une grille vous cloue le regard. On y apprend aussi que l’on ne voit que ce que l’on est devenu capable de voir, moins ébloui, tout surpris.

Surpris. Peut-être avez-vous fait l’expérience de la phrase à penser, ou de l’idée d’un pédagogue qui vous revient soudain, vous poussant à considérer le blouson de Mathieu, alors que vous pensiez que tout se jouait autour du cahier de Léa. Ou peut-être qu’en changeant la place de votre bureau, tout vous est apparu différent. Évident. Lumineux.

Oui, c’est un numéro lumineux qui vous attend, les auteurs posant tour à tour la petite lanterne qui leur a permis d’y voir plus clair. Dans le dossier, mais aussi dans les rubriques, lanternes en forme de livres pour mieux comprendre l’école, de moments de classe qui font sourire ou qui agacent, de reporters autour du monde et de chercheurs qui trouvent. Des lanternes, preuves que ce métier-là vous affine l’esprit et vous sculpte le regard, pour peu que l’on continue à plisser un peu les yeux et à lever encore la tête.