Le web, c’est pas tout pourri
« J’ai pourri le web », titrait un article de blogue qui a fait du bruit. Pourtant, cette aventure qui a remué les médias prouve justement que le web est tout sauf pourri.
Autrefois, l’enseignant aurait relaté son expérience dans sa salle des profs, obtenant le soutien enthousiaste de ses collègues et amis et le regard réprobateur de quelques pédagos discrets. Aujourd’hui, Loys Bonod a raconté son expérience sur son blog. Il a donc réfléchi à la manière dont il allait le faire, en a exprimé les objectifs, a décrit la méthode, les consignes, analysé les réactions des élèves. Il a porté sur son travail un regard analytique. Il l’a soumis au regard des autres sans distinction : celui de ses amis en pédagogie (en antipédagogisme, pour certains) sur le forum Neoprofs, mais aussi celui de ses contradicteurs sur Twitter, Facebook et les blogs qui ont commenté, critiqué, souvent (pas toujours) argumenté. Il a répondu, réfléchi, a parfois nuancé son propos, exposé d’autres de ses pratiques. Ailleurs, quelques professeurs ont proposé d’autres manières d’atteindre les objectifs de Loys : faire réfléchir, avoir l’esprit critique et réaliser soi-même un exercice du bac, le tout sans nier l’inéluctable recours à internet. Bref : la discussion pédagogique a eu lieu, et elle a changé les choses, dans les têtes et dans les classes.
Edgar Morin appelait récemment les enseignants à tenir leur journal pour prendre du recul sur leurs pratiques enseignantes. Je crois que de plus en plus d’enseignants tiennent un tel journal en tweetant, en bloguant, en discutant sur les forums. Le web est un espace de réflexion pédagogique.
J’aime pas la technique. J’aime pas les nouveaux logiciels, j’aime pas les ordinateurs à formater, j’aime pas les câbles, j’aime pas les output, j’aime pas les mises à jour, j’aime pas les erreurs 404, j’aime pas les POP/SMTP, j’aime pas les comptes jaimal, j’aime pas les hide previously loaded updated (after restart), j’aime pas les sauvegardes.
Pourtant… Pourtant, quand je suis devenue professeure d’éducation musicale, je suis tombée dans les claviers reliés à des ordinateurs, avec des logiciels et des appareils qui m’ont couté des mois de salaire et des semaines de vacances. Je continuais de ne pas aimer les erreurs 404, mais, quand j’appuyais sur « play », mon accompagnement portait mes élèves tellement bien que ça me donnait des frissons dans le dos. Les exercices rigolos pour apprendre à frapper jazzy, je pouvais les composer toute seule. Quand dans ma salle j’ai eu internet, un vidéoprojecteur, mon clavier amplifié sur les enceintes, des micros pour enregistrer, je n’ai plus jamais entendu dire d’un élève « je veux pas chanter ». Et les mails ont tellement bien rompu mes solitudes, m’ont fait croiser tellement de gens passionnants, énervants, intelligents, que parfois je dépose des offrandes au dieu Technou.
Depuis six mois, j’ai quitté les voix des ados pour les voix des auteurs des Cahiers pédagogiques. Mon ordinateur est devenu ma maison. Et l’arrière-boutique des Cahiers, c’est techno en diable. On écrit sur Plume. On gère sur intranet. On contacte sur base de données et réseaux sociaux.
Pas si mal, pour un TechniSchtroumpf grognon…
Christine Vallin