Le corps enseignant
Retour en arrière : les années 1970, l’université scientifique de Grenoble. Un jeune enseignant de mécanique anime, avec une collègue psychologue, une UV (unité de valeur) d’« expression corporelle » pour les futurs enseignants, inscrite dans le cursus de leur licence
. L’enseignant s’appelle Jean-Pierre Obin. Trente ans après, retour sur le grand absent de la formation des maitres qu’est le corps.
« Nos lycées sont des étables. Élèves alignés, parqués, surnuméraires. Profs à la barre de la galère. Grande machine à châtrer. […] L’élève doit se tenir à carreau. Le corps d’abord, pendant des heures, un mètre carré à peine, étroit créneau […] Cette démesure des corps contrits, contorsionnés. L’école, c’est le carcan. Les énergies accumulées saturent, écument le crépuscule. Tout le monde pue, trépigne. Venez me voir vers 17 h 30 dans mon lycée de Sartrouville1» Comment mieux dire que Patrick Grainville, enseignant et prix Goncourt, ce qui se joue chaque jour, entre les corps, dans la classe. Les « contraintes par corps » scolaires sont le grand refoulé de la pédagogie. Mais qui souhaite réfléchir à la place du corps des élèves dans sa pédagogie peut-il faire l’économie d’y voir plus clair sur la place de son propre corps dans la classe et dans sa relation aux élèves ? N’est-ce pas là même un préalable ?
L’e…