Interventions internet : danger !
À Educatice, qui se tient en parallèle du salon de l’Éducation, j’ai assisté, médusée, à une présentation de l’association Action Innocence à propos des interventions qu’elle propose sur les dangers d’internet. Le discours tenu était caricatural, anxiogène dans la déploration de ces ados qui font n’importe quoi et sont forcément totalement intoxiqués.
Même si cet exemple parait extrême, il convient d’être prudent, car de plus en plus d’établissements commandent à des associations extérieures des interventions sur les « dangers d’internet » à destination des parents et des élèves et l’on peut avoir de mauvaises surprises. Devant l’évidence du besoin d’éduquer nos élèves aux usages du net, est-ce vraiment la bonne réponse ? Nombre de ces interventions sont de qualité discutable, la plupart proposent une entrée par les dérives, diabolisent systématiquement internet et classent les adolescents en deux catégories : les « harceleurs pervers » et les « naïfs irresponsables ».
D’autre part, comment peut-on espérer qu’une intervention ponctuelle, déconnectée du travail scolaire et de ce qui se vit dans l’établissement, puisse être vraiment utile ? Des ressources pédagogiques bien conçues existent en ligne, par exemple sur le site Internet sans crainte (www.internetsanscrainte.fr), où l’on trouve des outils adaptés aux élèves de primaire, aux collégiens et aux lycéens qui peuvent être exploités en classe ou en famille. Le jeu « 2025 exmachina » permet aux jeunes d’explorer les conséquences des traces laissées sur le net sans jugement préalablement asséné, ils peuvent d’ailleurs chercher au choix à « sauver » ou à « enfoncer » leur personnage.
Comment amorcer un dialogue et un partage de réflexions entre parents et enfants, entre enseignants et élèves ? Voilà le vrai défi à relever. L’association é.l@b a lancé une discussion ouverte à tous, enseignants et parents, en vue de faire des propositions alternatives, différentes de ce qui se fait habituellement (bit.ly/rAVlro).
L’école ne peut ignorer cet univers dans lequel baignent nos élèves, les possibilités qu’il ouvre et les dangers qu’il recèle, nous ne pouvons laisser les familles porter seules l’éducation aux usages du net, nous devons y prendre part.
pour l’association é.l@b
Compétences Tice
L’Unesco a publié, courant novembre, la version 2.0 de son référentiel (évolutif) de compétences pour les enseignants. Ce référentiel part du constat que la place des technologies dans les sociétés est forte ou en passe de le devenir, et qu’il faut donc préparer les jeunes du monde à s’en emparer. Il ne s’agit pas simplement d’une formation des enseignants aux technologies, mais bien de mettre en place les bases d’une « révolution pédagogique » : donner aux enseignants la capacité d’aider les élèves à entrer dans une démarche d’apprentissage collaboratif, de façon à « former une population active pourvue de compétences en matière de Tic (technologies de l’information et de la communication) permettant de traiter l’information, ainsi que d’un esprit créatif et d’aptitudes à la réflexion et à la résolution de problèmes dans le but de générer des connaissances ». Une population également capable de s’investir activement dans la vie citoyenne d’un monde pacifié, par une connaissance mutuelle approfondie. Dans cette société du XXIe siècle décrite par ce référentiel, le rôle de l’enseignant est profondément modifié : un enseignant-ingénieur capable de créer une situation d’apprentissage dans laquelle les élèves actifs collaborent pour apprendre et pour créer de la connaissance.
Espérons que ces principes humanistes guideront mieux les réformes que ne le font les préoccupations budgétaires.