Inclusion scolaire

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Couverture du HSN n° 55, Petit dictionnaire des mots de l’éducation

L’inclusion scolaire est un processus qui consiste à scolariser des enfants éloignés de la norme scolaire. La loi de Refondation de l’école du 8 juillet 2013 a consacré le terme d’« inclusion scolaire ». Il apparaît dans le Code de l’éducation sous cette forme : « le service public d’éducation […] veille à l’inclusion scolaire de tous les enfants, sans aucune distinction ». La loi du 26 juillet 2019 a remplacé le terme « d’inclusion scolaire » par celui de « scolarité inclusive ». Au principe de « scolarité inclusive » demeure encore associé le principe de non-discrimination. Y est également corrélé le postulat d’éducabilité : « le service public d’éducation […] reconnaît que tous les enfants partagent la capacité d’apprendre et de progresser ». Le guide pour assurer l’équité et l’inclusion dans l’éducation de l’ONU (2017) définit, quant à lui, l’inclusion comme un « processus qui aide à surmonter les obstacles qui limitent la présence, la participation et la réussite d’apprenants ».

Celle-ci est à différencier de l’intégration où « les apprenants étiquetés comme ayant des “besoins éducatifs spéciaux” sont placés dans des contextes éducatifs ordinaires avec des adaptations et des ressources, mais à condition qu’ils puissent s’insérer dans des structures, des attitudes et un environnement inchangés existants. »

Bien qu’aucune transformation de son système éducatif n’ait été envisagée, la France dit avoir engagé son école dans une phase de transition inclusive. Pour cela, elle a fait de choix de multiplier les dispositifs — ULIS (Unité Localisée pour l’Inclusion Scolaire), UEE (Unité d’Enseignement Externalisée), PIAL (Pôle Inclusif d’Accompagnement Localisé ), UPE2A (Unité Pédagogique pour Elèves Allophones Arrivants) — et de mettre à disposition des ressources humaines — AESH (Accompagnant d’Élève en Situation de Handicap), service national de l’école inclusive — ainsi que des ressources pédagogiques — plateforme numérique « Cap sur l’école inclusive » — tout en maintenant la possibilité d’orientation et de placement dans des structures médico-sociales et sanitaires parallèles à l’école.

Ce n’est pas si simple

L’inclusion scolaire fait l’objet d’interprétations diverses qui révèlent l’écart entre les principes et la réalité. Concerne-t-elle l’ensemble d’une communauté éducative ou relève-t-elle des seuls enseignants spécialisés dans leur travail partenarial avec les structures médico-sociales ? Est-il possible de scolariser tous les enfants sous le même toit et d’engager en France un processus de désinstitutionnalisation ainsi que le préconise la Rapporteuse spéciale de l’ONU dans son rapport de 2019 ? La désinstitutionnalisation impliquerait au niveau de la scolarisation de considérer les enfants en situation handicap davantage comme des « sujets de droit » que comme des « objets de soin ». Ce processus demande un modèle social des handicaps. L’approche médicale est encore celle privilégiée par l’école française. L’éducation inclusive est-elle un moyen de démocratisation du système d’enseignement qui doit prendre en compte la diversité des apprenants ou se limitera-t-elle à l’accueil d’élèves “différents” de manière à favoriser le « vivre ensemble » ?

En France, l’inclusion est devenue relative à la scolarisation des élèves en situation de handicap et n’est pas reliée à la question de la diversité ethnoculturelle qui lui est pourtant corrélée dans d’autres pays. Depuis 2018, elle se présente comme une ambition partagée par le ministère de l’Éducation nationale et le Secrétariat d’Etat chargé des personnes handicapées. La loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées du 11 février 2005 avait offert la possibilité aux enfants et aux adolescents en situation de handicap de devenir des élèves et des citoyens à part entière, d’être scolarisés dans l’établissement de leur secteur d’habitation et d’avoir accès aux savoirs du socle commun de connaissances, de compétences et de culture. Bien qu’actée par deux lois, la participation à l’école de certains élèves suscite encore des résistances et l’éducation inclusive conçue autant en termes d’accessibilisation que de compensation et d’adaptation ne va pas de soi. La nouvelle « culture de l’inclusion » peut avoir des effets qui interrogent l’école de la République et l’égalité d’accès aux savoirs.

« Il/elle va en inclusion » est une expression récurrente dans les établissements du premier ou du second degré dotés d’un dispositif ULIS, qu’il concerne des élèves avec des troubles des fonctions cognitives, des troubles envahissants du développement ou du spectre autistique, des troubles des apprentissages, des troubles des fonctions motrices, ou visuelles ou encore auditives. On y programme le temps d’inclusion des élèves en situation de handicap dans leur classe de référence sans mesurer les incidences que ces catégorisations et ces dispositifs ont sur leur construction individuelle et leur sociabilisation. Par leur effet de structure, les dispositifs dit ‘’inclusifs’ ’ne produiraient-ils pas une médicalisation et une externalisation accrues des difficultés scolaires en renforçant une forme d’exclusion de l’intérieur ainsi que des pratiques discriminantes de la part des enseignants encore peu formés à l’éducation inclusive et à ses enjeux éthiques et sociétaux ? Dans le contexte scolaire actuel davantage fondé sur l’individualisme et la concurrence que sur la coopération, ils permettent, quoi qu’il en soit, la scolarisation d’élèves très éloignés de la norme scolaire qui bouleversent les identités professionnelles.

C’est la question de la norme et de « l’effet capacitant des pratiques » enseignantes (Ebersold, 2017) susceptibles de faire réussir tous les élèves qu’interroge la scolarité inclusive. Avec la spécialisation de certains enseignants et la promotion de la différenciation, c’est aussi une pédagogie de la créativité qui pourrait être développée en formation, une pédagogie à même de prendre en considération la diversité des profils cognitifs des apprenants sans les enfermer dans la déficience, l’incapacité ou le trouble qui assignent parfois à un parcours prétracé dans l’espace scolaire.

Évelyne Clavier
Enseignante coordinatrice en ULIS
POUR ALLER PLUS LOIN
Corina Borri-Anadon, Gustavo Gonçalves, Sivane Hirsch et Juliane di Paula Queiroz Odinino (dir.), La formation des éducateurs en contexte de diversité ethnoculturelle : une perspective comparative Québec-Brésil, Deep Education Press, 2018.Cahiers pédagogiques n° 526, « Inclure tous les élèves », janvier 2016.Serge Ebersold, Éducation inclusive : privilège ou droit ?, Presses universitaires de Grenoble, 2017.