Equipe d’adultes

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Couverture du HSN n° 55, Petit dictionnaire des mots de l’éducation

La notion d’équipe est, en général, associée au sport. Pour autant, ce mot recouvre une réalité différente dans un contexte éducatif : alors que dans le sport, l’équipe vise à combattre et vaincre un adversaire (une autre équipe), elle est beaucoup plus altruiste dans le monde de l’éducation, dès lors qu’elle se forme (en principe) avec l’objectif d’une meilleure réussite des élèves.

« Groupe de personnes collaborant à un même travail » (Dictionnaire Hachette) ou « Groupe de personnes qui agissent ensemble » (Petit Robert), certaines « équipes pédagogiques » se constituent en vue de se partager un crédit ou des espaces supplémentaires. Ce ne sont que des arrangements, l’équipe étant une devanture sans substance (Perrenoud parle alors de pseudo équipe). D’autres s’en tiennent à des « échanges » sur les idées ou les pratiques des uns et des autres. Elles n’imposent rien à leurs membres. Enfin, il y a les équipes formées de personnes qui se constituent en un système d’action collective, avec une finalité commune, chacun renonçant volontairementà une part de son autonomie. Parmi ces dernières, on peut encore distinguer celles qui coordonnent des pratiques, chacun conservant ses élèves, et celles dont les membres partagent collectivement la responsabilité des mêmes élèves.

Une telle équipe d’adultes se constitue donc pour travailler ensemble. Ce travail d’équipe a bien sûr des finalités collectives, bien au-delà de la réalisation de projets communs ou de dispositifs en faveur d’une meilleure réussite des élèves : prendre en charge certains problèmes, animer le débat dans l’établissement, amener des idées nouvelles, bousculer quelques traditions, influencer le climat général vers plus d’optimisme, aider à résoudre certaines crises …

Mais chacun de ses membres peut également y trouver un bénéfice individuel : aller plus loin dans sa réflexion didactique et pédagogique, mener à bien des projets qu’il n’aurait pas pu faire seul, avoir un regard réflexif sur sa pratique, se sentir solidaire face aux autres …

Enfin, concernant les modalités de travail des élèves, et dans les nouveaux programmes des quatre cycles d’apprentissage, il est demandé d’introduire la coopération, la collaboration, le travail en équipe, la recherche collective. On peut donc penser que les enseignants ont le plus grand intérêt à expérimenter entre eux ce mode de travail collectif, ne serait-ce que pour en prévenir les difficultés dans la conduite de leur enseignement.

Depuis longtemps, et plus particulièrement depuis la loi d’orientation de 1989, il y a en France une injonction à travailler en équipe, qui est reconnue par des heures de concertation dans le premier degré, mais qui ne va pas plus loin que l’incitation dans le second.

Ainsi, l’équipe pédagogique, à l’école primaire, est constituée de toutes les personnes enseignantes qui interviennent dans l’école : direction, enseignants, RASED, qui se réunissent en conseil des maîtres ou de cycle.

Au collège et au lycée, les équipes disciplinaires se réunissent en conseil d’enseignement, les professeurs se partageant les mêmes élèves, en conseil de classe, et plus récemment, les chefs d’établissement ont été invités à constituer des conseils pédagogiques, dont la composition, les finalités et le fonctionnement restent encore assez flous. Mais en tout état de cause, il s’agit le plus souvent de pseudo équipes telles que définies plus haut, participant à une instance administrative.

Dans les deux ordres d’enseignement, on notera cependant l’existence d’équipes vraiment fonctionnelles, les équipes éducatives, dans le cadre de l’école inclusive, qui exercent une fonction de veille sur le déroulement du parcours scolaire de l’élève handicapé, recherchent des réponses adaptées et élaborent pour lui des dispositifs pédagogiques.

Ce n’est pas si simple
Difficultés à constituer une équipe

L’histoire et l’intérêt des personnels s’opposent à une coopération qui ne fait qu’alourdir leur charge de travail.L’enseignement est pensé comme un métier solitaire, parce qu’il a été conçu au regard de la discipline qui le portait et non par rapport à l’élève auquel il s’adresse. Le métier est structuré autour de deux axes forts : la quotité horaire et la liberté pédagogique. Chaque professeur ne se sent souvent responsable que des conduites et des apprentissages qui surviennent durant « ses » heures. Du point de vue didactique, c’est « chacun pour soi », nul ne se sent comptable des élèves des autres professeurs, nul ne souhaite que les autres interviennent dans la relation pédagogique qu’il entretient avec ses élèves. Et cette liberté pédagogique est souvent invoquée pour refuser de travailler en équipe. « La liberté pédagogique est ainsi devenue l’alibi des conservateurs et “la liberté de faire comme avant” » (Frackowiak). Par ailleurs, le travail en équipe suscite des peurs, celle d’être toujours exposé au regard des autres, celle de douter de ses compétences face aux autres.

Enfin, ceux qui refusent le travail en équipe ont parfois l’illusion de le faire en recourant, souvent sous des pseudonymes qui protègent leur anonymat, à la grande communauté d’Internet, qui propage de nombreux outils et exemples de projet.

Difficultés à faire vivre une équipe

Une équipe au sens propre du terme ne se réduit pas à la somme d’individus, donc réunir des personnes ne suffit pas à répondre aux objectifs qui sont associés à sa constitution et, si celle-ci n’est qu’un concours de compétences techniques, on peut parier sur sa dislocation à court terme. Ensuite, le rodage de l’équipe ne va pas sans mal. On s’aperçoit qu’on ne met pas les mêmes démarches derrière les mêmes mots,ce qui est normal mais qui exige un ajustement réciproque.

Cela implique de refuser de se mettre en compétition par rapport à ses collègues ou de refuser celle que les collègues veulent nous imposer. En effet, lorsque l’équipe entend tout coordonner et pousser chacun à une adhésion complète à des options communes, elle exerce une pression qui peut devenir insupportable.

Philippe Pradel, proviseur honoraire

POUR ALLER PLUS LOIN

Cahiers pédagogiques n° 452, « L’esprit d’équipe », avril 2007.

Cahiers pédagogiques n° 524 : « Le pari du collectif », novembre 2015.

José Fouque, Isabelle Klepal et Florence Castincaud, Piloter un établissement scolaire, l’exigence du possible, Hachette Éducation, 2004.

Philippe Perrenoud, Enseigner : agir dans l’urgence, décider dans l’incertitude. Savoirs et compétences dans un métier complexe, ESF, 1996.