D’une histoire et de quelques paradoxes

À l’entrée dans le XXIe siècle, les Cahiers pédagogiques consacrent un dossier à « l’éducation toujours nouvelle ». Jacques George, historien, ancien président du CRAP et membre éminent du comité de rédaction des Cahiers pédagogiques, y propose un récit de l’aventure de l’éducation nouvelle à travers les secousses et les combats du siècle qui vient de s’écouler.
Le premier Congrès international d’éducation nouvelle se tient en 1921. Une Ligue internationale pour l’éducation nouvelle (Lipen ou LIEN) sort du congrès, avec une revue, Pour l’ère nouvelle. Si le nombre de participants a été modeste (150 personnes parmi lesquelles Adolphe Ferrière, Alexander Sutherland Neill, Ovide Decroly), ce congrès est la marque visible du bouillonnement d’idées qui a marqué le tournant des XIXe et XXe siècles en matière d’éducation.
Contre « l’école assise » où les enfants sont l’objet d’un enseignement abstrait, uniforme, régi et évalué par un maitre lui-même représentant objectif du savoir, l’éducation nouvelle se veut active, centrée sur l’enfant, ses besoins, ses intérêts. Elle trouve sa source dans plusieurs approches et dimensions qui se complètent et se nourrissent l’une l’autre :
- l’approche des médecins éducateurs du XIXe siècle : Jean Itard (celui de l’enfant sauvage de l’Aveyron), Maria Montessori et Ovide Decroly entre autres. Ils mettent en avant l’importance de l’observation de l’individu, comme préalable à toute démarche d’apprentissage, et la prise en compte de ses particularités physiques et mentales. Ils montrent la dimension sociale du développement psychique à travers le langage ;
- l’approche des psychologues : ils montrent que la psychologie de l’enfant n’est pas réductible à celle de l’adulte. John Dewey, Alfred Binet et Édouard Claparède introduisent un changement copernicien dans l’éducation en centrant le programme sur l’élève au lieu de centrer l’élève sur le programme. Claparède écrit : « Le besoin, l’intérêt résultant du besoin, voilà le facteur qui fera d’une réaction un acte véritable […]. L’école traditionnelle réclame cette monstruosité psychologique : des actes ne répondant à aucun besoin, donc des actes sans cause. L’école active, au contraire, est fondée sur le principe du besoin. Pour faire agir votre élève, mettez-le dans des circonstances telles qu’il éprouve le besoin d’accomplir l’action que vous attendez de lui. » ;
- une dimension économique : la compétition coloniale est alors féroce entre les grands pays occidentaux. Quelques novateurs perçoivent la nécessité de former des esprits entreprenants, capables de …