Cartographier la (re)mobilisation

De nombreuses théories ont marqué l’histoire des sciences humaines et sociales dans le troisième quart du XXe siècle autour d’une idée commune : sensibiliser au risque d’étiquetage de chacun. À cette même époque, nous assistons à une augmentation massive du nombre d’élèves accédant à des niveaux d’éducation de plus en plus élevés. En conséquence, l’hétérogénéité des classes est croissante. Et la différenciation pédagogique s’est largement construite sur le principe d’une analyse des différences interindividuelles, caractérisant les uns ou les autres, distinguant les uns des autres. Malgré les vigilances exprimées dans le champ des sciences humaines, circonscrire chaque élève avec une ou quelques caractéristiques semble être un postulat pour penser pédagogiquement l’hétérogénéité et ses perspectives.
Où en sommes-nous aujourd’hui ? Les étiquetages autour des profils d’élèves « à besoins éducatifs particuliers », les diagnostics institutionnalisés à grande échelle à l’interne de l’école comme à l’externe (reconnaissance exponentielle des troubles d’apprentissage), ou encore le succès de la théorie des intelligences multiples, nous conduisent à penser que le paradigme n’a pas changé : réduire la personne à ce qu’elle est plutôt qu’à ce qu’elle fait.
Penser la personne remobilisée, tout au contraire, c’est reconnaitre sa part d’instabilité, de variabilité. Personne n’y échappe, car « tous les gouts sont dans ma nature », comme le chantait Dutronc. Chacun d’entre nous se démobilise, plus ou moins d…