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N° 551 - Expliciter en classe

Une conférence inversée

Natacha Lefauconnier

À l’initiative de l’association Inversons la classe !, les académies d’Aix-Marseille, de Paris, de Lille et de Nice ont organisé, le 30 janvier, une conférence virtuelle inversée sur le thème «  Enseigner autrement  ». Un format interactif au cours duquel les intervenants ont partagé leurs différentes pratiques : salle ouverte, classe mutuelle et classe renversée. Tour d’horizon.

Partager sur sa pratique de la classe inversée et répondre aux collègues tentés par cette aventure pédagogique, tels étaient les objectifs de la conférence virtuelle inversée [1] organisée pendant la Clise 2019 (Semaine de la classe inversée) de l’association Inversons la classe !. Tout un chacun était invité à poser des questions en amont mais aussi en direct pendant la conférence, en présentiel ou à distance. Parmi elles, «  Pourquoi changer votre manière de fonctionner ? Comment l’idée a-t-elle été accueillie autour de vous ? Comment avez-vous financé votre projet ? Quels changements cela a-t-il opérés sur vos élèves, et sur vous ?  ». Des interrogations auxquelles ont répondu les trois praticiens invités, avant de décrire les bénéfices observés après ce changement de paradigme.

Salle ouverte au collège

La pédagogie TouKouLeur [2], imaginée en 2011 par Patrick Saoula, enseignant en Segpa (sections d’enseignement général et professionnel adapté) au collège Les Bréguières de Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes), a débouché sur la création en 2016 d’une «  salle ouverte  ». Ce lieu permet aux collégiens, sur la base du volontariat, de monter des projets pour améliorer le climat scolaire dans l’établissement, en mettant l’accent sur la tolérance et la laïcité. «  Des professeurs se mettent à disposition des élèves et s’efforcent de les amener le plus loin possible  », explique Patrick Saoula.

Des effets bénéfiques se sont rapidement fait sentir, notamment avec des tutorats et partages de compétences entre élèves. «  Grâce à la salle ouverte, les compétences personnelles des élèves sont mises en valeur et transformées en compétences scolaires, sans la pression des notes  », se réjouit l’enseignant, qui rêve d’une classe ouverte dans chaque établissement. «  Les projets issus de la salle ouverte créent du lien et de la motivation, l’investissement des élèves s’avère extraordinaire en matière d’autonomie, de temps, d’implication, de création, etc. Ce sont des projets pour et par les élèves  », décrit Patrick Saoula. C’est aussi une ouverture sur l’extérieur, puisque l’un des principes est la mise en relation et la collaboration de tous les partenaires dans le réseau : élèves, professeurs, professionnels et acteurs associatifs, culturels, artistiques et institutionnels.

Autre type de classe inversée, la classe mutuelle. Son objectif ? «  Offrir plus de liberté et de mobilité aux élèves du secondaire et leur redonner le gout d’apprendre  », répond Vincent Faillet, professeur de sciences de la vie et de la Terre au lycée Dorian à Paris. Son constat : les salles de classe n’ont pas évolué depuis plus de 100 ans. «  Les élèves sont assis, immobiles, silencieux. Ils font face à un tableau et à un professeur.  » L’idée de la classe mutuelle est de bouleverser cet ordre des choses : «  Les élèves sont en ilots, et surtout, il y a de nombreux tableaux aux murs qui permettent aux élèves de s’expliquer le cours.  » Un agencement qui dépolarise la classe et permet d’utiliser tout l’espace pour la pédagogie, qui devient interactive. Les lycéens y trouvent leur compte, notamment parce qu’ils ont la possibilité de bouger en réfléchissant.

Quant à l’enseignant, il a complètement changé de costume : «  Je suis passé du rôle de metteur en scène et d’acteur à celui de régisseur !, analyse-t-il. Je donne aux élèves les moyens de mettre en œuvre leur propre enseignement.  » Avantage de la classe mutuelle : elle est facile à mettre en place, les murs pouvant devenir inscriptibles, avec une solution peu onéreuse. Mais il faut une mise en place progressive, la circulation et les échanges n’étant pas naturels pour des élèves «  formatés depuis le primaire à rester assis et muets  ». De même, l’enseignant devra-t-il apprendre à lâcher prise : «  Un cours en méthode d’enseignement mutuel peut prendre une tournure très différente d’une classe à l’autre, ce qui est peu fréquent avec les cours magistraux  », prévient Vincent Faillet.

Classe renversée à l’université

À l’université catholique de Lille, Carole Blaringhem, professeure de droit, fonctionne en classe renversée, un concept imaginé par son collègue Jean-Charles Caillez [3], professeur de biologie cellulaire et moléculaire. Le principe : l’enseignant donne simplement les titres de chapitres de cours à ses étudiants, charge à eux de tout faire, avec leurs propres outils : aller chercher les informations, les trier avec discernement, écrire et illustrer les chapitres, les annoter, etc. Ils discutent de leurs productions avec le professeur. À eux aussi de préparer les interrogations, les barèmes, de distribuer les copies, de les remplir, de les corriger, de rendre les notes.

Carole Blaringhem explique ses motivations : «  Les amphithéâtres se vidaient, les étudiants mutualisant la prise de notes. De plus, ils étaient demandeurs d’interactivité.  » Après être passée par un système de feuilles rouges et vertes pour les faire répondre à des «  vrai/faux  » en amphi, elle a adopté une solution numérique, pour laquelle il a fallu demander davantage de bande passante en wifi. «  Tout n’a pas été facile au début, notamment dans l’aménagement des emplois du temps  », raconte l’enseignante.

En travaux dirigés, où les effectifs sont réduits, Carole Blaringhem fait même travailler ses juristes avec des Lego ou des jeux de plateau. Elle veille à créer des groupes d’étudiants avec une répartition homogène des niveaux, afin que chacun avance à peu près à la même vitesse. Une méthode de travail collaboratif, où c’est le résultat collectif qui compte et non le résultat individuel. La question de la confiance est au cœur de ce modèle : entre le professeur et ses élèves, mais aussi entre élèves.

Natacha Lefauconnier
Journaliste éducation


[1Conférence à voir sur frama.link/visio_clise2019

[2Voir fiche Éduscol : https://tinyurl.com/ybsmfjhh

[3Voir sa conférence TEDx de mars 2018 : https://tinyurl.com/ycxqbkza

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