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N° 561, L’éducation à la sexualité

Précieuse littérature

Emeline Leduc

15 mai 2020
Que ce soit par la lecture d’albums judicieusement choisis dans le cadre de l’école ou par le lent travail d’écriture d’une œuvre à l’âge adulte, la littérature semble un lieu privilégié pour mettre des mots sur les traumatismes et, peut-être, les surmonter. Par l’écriture d’une autofiction, une victime d’abus sexuels témoigne de sa reconstruction, mais aussi de la place de l’école dans son parcours.

Dans quelle mesure Les Cris du silence sont-ils une fiction (roman) ou un témoignage ?

Les Cris du silence relèvent du témoignage. Il met à jour des faits réels et vécus, tout en utilisant un vocabulaire simple, compris de tous et par tous. Il a pour but d’ouvrir un dialogue sur des violences souvent taboues et d’ouvrir le regard de la population sur la prévention de celles-ci. Il a été écrit en vue de mettre des mots sur des maux et que chacun se rende compte que les violences, quelles qu’elles soient, existent bel et bien. Chacun doit être attentif à son entourage tant du côté de la victime que de l’agresseur.

L’héroïne de votre livre semble trouver à l’école un lieu protecteur. Pouvez-vous expliquer en quoi ?

Pour l’héroïne, Marry, le milieu scolaire a été son premier refuge sécuritaire. Le lycée a été le premier endroit où elle a pu parler, s’exprimer librement tout en étant écoutée et entendue. Le corps enseignant a eu une grande part dans sa réussite : il a su aller au rythme de Marry. Parfois, la concentration et les apprentissages étaient très difficiles, les enseignants ont su mettre l’accent sur l’essentiel : ses actes de présence physique et psychique lors des cours. Un accord tacite était mis en place, le droit de ne pas être présente, mais le devoir d’utiliser le temps d’absence pour quelque chose de constructif (rattrapage d’un autre cours, rendez-vous psychologique, repos (siestes), etc.). Le lien de confiance avec les infirmières, l’assistant social ou certains professeurs, si fragile soit-il, a été très important dans le développement de Marry : un rien, et elle pouvait se battre ou se laisser tomber. Chacun, avec ses moyens, avec quelques mots, quelques regards bienveillants, rassurants, encourageants, a fait qu’elle s’est donné les moyens de se battre.

Lors d’une séance d’éducation à la sexualité semblable à celles évoquées dans ce dossier, Marry craque. Pensez-vous que ces séances sont utiles ? De quelles précautions doivent-elles être entourées ?

Ces séances sont très utiles. J’aimerais moi-même actuellement pouvoir intervenir pour faire de la prévention des actes de violences et sexuels. Je pense qu’à l’époque, Marry n’était pas prête à ce genre d’intervention et de dialogue. Le discours qui lui a paru dur est son propre ressenti. Chaque individu réagira différemment. Ce discours lui a aussi permis de craquer justement. Peut-être qu’elle serait encore enfermée en elle sans celui-ci.

Chacun a un parcours de vie sexuelle très différent. Des questionnaires et des entretiens plus individualisés seraient peut-être à mettre en place dès le collège et des interventions dès les écoles primaires. (Peut-être est-ce déjà le cas et que je n’en ai aucun souvenir ? La magie du cerveau fait qu’une grande part de ce que j’ai pu vivre ou apprendre s’est effacée, le voile noir pour me protéger.)

Votre héroïne a 8 ans lorsqu’elle est abusée la première fois. Pensez-vous que l’école aurait pu, avant, lui apporter des ressources pour lui donner la capacité de dire non, de parler plus tôt ?

Marry a parlé très tôt finalement par rapport à certaines victimes d’abus sexuels. Elle a su, très vite, que ces relations étaient mal, non voulues et sales. Il lui a fallu trouver le courage pour aller vers l’adulte. L’école et le cercle familial étaient très présents dans l’accompagnement de sa sœur ainée qui a subi les mêmes violences, mais elle n’a aucun souvenir d’un suivi, pour elle.

L’école est pour moi un des premiers lieux où l’enfant doit se sentir en sécurité. Il est très important aussi que le corps enseignant sache comment intervenir dans ces situations. Il n’y a pas de mode d’emploi, seulement d’ouvrir le dialogue et d’être attentif à certains signes : que ce soit dans l’excellence scolaire (propre, appliqué, etc.), dans les gestes violents (bagarre, langage inapproprié, etc.) et pour apprendre cela, seuls des témoignages sont possibles.

Emeline Leduc
Auteure des Cris du silence, éditions Sydney Laurent

 

Un atelier de littérature jeunesse sur l’amour

 

Professeure documentaliste à la faculté d’éducation Inspé (Institut national supérieur du professorat et de l’éducation) de Montpellier, je mène des ateliers littérature de jeunesse en collaboration avec des formateurs. Nous nous retrouvons alors durant quarante-cinq minutes pour discuter autour d’une thématique avec les ressources du CRD (centre de ressources documentaires) et des médiathèques de la ville. Nous avons ainsi mené avec une formatrice de SVT (sciences de la vie et de la Terre) un atelier sur l’éducation à la vie relationnelle et affective (ou éducation à la sexualité) à travers les albums.

Il nous a semblé important d’aborder cette thématique, car si elle fait partie intégrante des programmes, l’aborder est souvent difficile, l’enseignant peut être mal à l’aise. Travailler cette partie du programme avec des albums et documentaires de jeunesse peut être une entrée possible.

Nous avions décidé d’axer notre atelier sur le sentiment amoureux et la relation amoureuse. Notre atelier s’est déroulé en trois temps.

Temps 1. Nous avons volontairement choisi de présenter des albums sur l’amour et plus particulièrement sur le sentiment amoureux. Nous nous sommes inspirées de la célèbre comptine « Il m’aime, un peu beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout » et nous avons reproduit une fleur avec les pétales correspondants. Après une lecture intégrale ou d’extraits de certains albums, nous essayerons de déterminer ensemble dans quel pétale nous pourrions classer ces albums.
Albums présentés : Pourquoi je ne suis plus ton amoureux ? de Philippe Jalbert, Pou-Poule de Loufane, Les Lunettes de Margarita Del Mazo, Tendres bêtises à faire quand on est amoureux / Tendres bêtises à faire quand on est amoureuse de Davide Cali, Monsieur Leloup est amoureux de Fréderic Stehr.

Différents sentiments amoureux peuvent être perçus grâce à la lecture d’albums. Le fait que les personnages soient des animaux permet de mettre de la distance tout en s’identifiant plus facilement. Le thème de l’homosexualité n’était pas le propos que nous souhaitions aborder ce jour-là, de même que la thématique du genre, nous n’avons donc pas retenu des albums comme Mademoiselle Zazie n’a pas de zizi de Thierry Lenain. Nous proposons néanmoins l’album Boum Boum et autres petits et grands bruits de la vie de Catherine Latteux et Mehdi met du rouge à lèvres de David Dumortier.

Temps 2. Nous avons présenté des albums mettant en avant des correspondances amoureuses : Le lion qui ne savait pas écrire de Martin Baltscheit, La Lettre d’amour de Gilles-Marie Baur, Rendez-vous n’importe où de Thomas Scotto.

Temps 3. Nous avons terminé par une sélection de documentaires sur l’amour, faire l’amour, faire des bébés : Comment on fait les bébés ! de Babette Cole, Le Parcours de Paulo de Nicholas Allan, Zizi, Zézette mode d’emploi de Michaël Escoffier.

Marion Seguin
Professeur documentaliste, Centre de ressources documentaires, Inspé de Montpellier

 

Sur la librairie

 

L’éducation à la sexualité
L’éducation à la sexualité se joue dans la complémentarité entre les espaces : les cours d’une part, des ateliers organisés par le CESC d’autre part. Enseignant de SVT, animateur d’ateliers : deux postures différentes qui s’étayent. Pour multiplier les occasions de dissiper les obstacles cognitifs...

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