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La chronique de Nipédu du n° 557

Paillettes et formation

Régis Forgione, Fabien Hobart, Jean-Philippe Maitre


Si la révolution MOOC (massive open online course) n’a pas eu lieu, le e-Learning a pour autant intégré notre quotidien. Des formations professionnelles en ligne aux tutoriels du web, il nous est désormais possible d’apprendre partout et tout le temps. Côté professeur, le Graal de la formation en ligne serait cet objet à effet vicariant [1] capable d’impulser le désir de développement professionnel et l’appropriation réflexive de contenus. Ergonomique et économique, cet espace de formation intègrerait pleinement les besoins de ses utilisateurs : le temps, la sécurité, le sens. Et si cette solution existait déjà ? Et si Instagram était l’arme de formation massive des enseignants ?

Côté ergonomie d’abord. Pas de problème de compatibilité, un environnement numérique épuré, le tout version mobile first [2]. Un accès à mon espace de formation en un clic, coincé entre les actualités du jour et la promo du dernier succès littéraire. Côté agencement des contenus : un média, un texte court à déployer et un espace commentaire réduit à sa plus simple expression.

Cybercourtoisie

Ici, on ne me demande pas de me lancer dans de grands débats pédagogiques. J’aime ou j’aime pas. Les échanges sont essentiellement unidirectionnels et franchement cybercourtois. L’appel à l’action est d’une efficacité rare : le lien unique contenu dans la biographie conduit vers un dossier en ligne ou un blog dans lequel je retrouve la fiche action qui m’invite à mettre en place l’activité. L’indicateur d’impact de la proposition, c’est le taux d’appropriation. Facile à évaluer, puisque l’on pourra retrouver quelques heures plus tard la même activité présentée par un follower, le plus souvent mentionnant l’auteur de la ressource et son cortège de mots balises qui assurent la viralité de la publication. Quand approbation pédagogique va de pair avec validation sociale à coups d’@ et de ❤, l’effet est imparable.

On ne peut que s’incliner devant la clarté des lignes éditoriales et la cohérence des chartes visuelles de l’univers instagogique. La photo de la classe photoshopée, en paillettes et baskets, qui donne envie d’y être, même quand on n’y est plus. Un espace intime, souvent dépeuplé de ses turbulents occupants, où l’on peut partager, en toute intimité, les temps hors élève avec notre micro-influenceuse préférée. D’ailleurs, elle vous appelle «  mon chouchou  ».

À grand renfort de placement de produits, de publicité en ligne sur le blog ou des EdTechs [3] en arrière-plan qui ont vite compris le potentiel de diffusion de ces nouveaux producteurs de contenus, les modèles andragogiques (destinés à la formation des adultes), économiques et autopromotionnels semblent parfaitement articulés.
Certains de notre trouvaille, nous interrogeons une jeune collègue pour valider notre intuition. «  Instagram, j’y vais machinalement. C’est sympa, ça m’inspire, mais c’est pas des vraies séquences. Pour ça j’ai les bouquins.  »

Mince, nous qui pensions avoir trouvé le Learning Management System idéal ! [4]


[1Où l’on apprend en regardant faire et en écoutant ceux qui savent faire.

[2Conçu prioritairement pour un usage sur téléphone mobile.

[3Entreprises dédiées à l’apprentissage via des outils numériques.

[4Plateforme d’apprentissage (en ligne).

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