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La chronique de Nipédu du n° 551 - Expliciter en classe

Le bon, la brute et Eul’Gringo

Régis Forgione, Fabien Hobart, Jean-Philippe Maitre


« Je suis stupéfait par le holdup opéré par un certain “monde associatif” sur la formation continue des enseignants. Et je m’interroge…  », ainsi commence le thread (fil de messages) d’Eul’Gringo sur Twitter. Twitto anonyme au profil Sergio Leonesque, derrière la moustache et le sombréro, ce despérado des réseaux ne consent à livrer que son statut de professeur des écoles, via la mention #TeamPE dans sa biographie.

Son argumentation construite apporte une réflexion et des contrepoints en forme d’interrogations qui auraient pu compléter le dossier 548 des Cahiers pédagogiques sur les «  collectifs enseignants connectés  » que vos serviteurs ont eu l’honneur de coordonner.

Le point qui a retenu notre attention concerne l’effet marketé des propositions de certains de ces collectifs qui, parés des atours du «  monde associatif  » ou d’une «  légitimité du terrain  », auraient pour ambition de faire main basse sur une partie de la formation des enseignants.

Nous proposons d’envisager ici trois clés de vigilance pour auditer et sélectionner en connaissance de cause votre ou vos collectifs enseignants, lieux de coformation ou de formation informelle.

Collectif apprenant ou groupement d’intérêts ?

Différencier l’objectif des ambitions semble une première entrée fondamentale à questionner. S’agit-il d’user des compétences des enseignants au service d’un développement doublé d’une «  légitimité de terrain  » tout en mettant en avant le développement professionnel dans un tour de passepasse tant sémantique qu’opérationnel ?

Ou alors la proposition place-t-elle le développement professionnel des enseignants au cœur de ses préoccupations par une «  organisation collective du travail sur la base et au bénéfice des apprentissages collectifs  » ? Produire des ressources, concevoir et animer des actions de formation, communiquer sur les réseaux, etc., pour qui mais, surtout, pourquoi ?

De nombreux collectifs possèdent une identité forte, un logo, des outils au design léché, parfois même leur propre dialecte, tout un écosystème de nature à créer un sentiment d’appartenance au groupe. Un effet marketé qui signe un gout du travail bien fait, associé au plaisir d’usage d’outils agréables, pour lier fond et forme. Après tout, pourquoi les outils éducatifs devraient-ils être moches ?

Les collectifs enseignants connectés sur Twitter partagent et diffusent largement leurs ressources à base d’éléments graphiques esthétiques dans une communication soignée.

Rien à voir pourtant avec un marketing client et sa novlangue destinés à faire passer des vessies entrepreneuriales pour des lanternes associatives. Le marketage de ces propositions est-il le fait d’expérimentations d’enseignants touche-à-tout ou d’experts métiers parfois très éloignés des considérations pédagogiques ?

Si les enseignants sont les premiers acteurs de ces collectifs, en sont-ils les premiers architectes et décideurs ? Font-ils partie des instances associatives qui les dirigent ? Ces dernières sont-elles concrètement existantes et démocratiques ? Des questions à élucider pour déjouer une «  légitimité du terrain  » en trompe-l’œil.

Des clés (d’autres existent, le financement, etc.) pour éviter que la formation des enseignants ne se transforme en Far West pour quelques dollars de plus.

Régis Forgione, Fabien Hobart, Jean-Philippe Maitre

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