Accueil > L’actualité vue par le CRAP > L’actualité éducative > Éditorial > L’invasion des notes


Editorial du n° 568, « L’évaluation pour apprendre »

L’invasion des notes

Cécile Blanchard

2 avril 2021

« L’impératif évaluatif imprègne toute la société », écrivent les coordinatrices de notre dossier dans leur avant-propos. Vérifions le propos.

On passera sur la notation de restaurants sur des sites grand public ; au fond, ça n’est rien de plus qu’une démocratisation des étoiles du Guide Michelin, pas de quoi fouetter un pangolin. Mais utilisez-vous ce site de prise de rendez-vous médicaux ? Qui vous demande à la prise de rendez-vous de le noter lui-même, puis après le rendez-vous de noter votre médecin ?

Il y a aussi les classements, ceux des lycées ou des hôpitaux, publiés souvent sur la base des taux de réussite au bac bruts, faisant alors abstraction du contexte, du type de public accueilli, de l’environnement, des moyens accordés ou des progrès obtenus, et mêlant public et privé sans distinction. Mais enfin, un classement fondé sur un chiffre, ça fait scientifique. S’interroge-t-on sur l’objectif ? Qui peut réellement choisir son lycée ou son hôpital ? Et est-ce vraiment un horizon souhaitable ?

Et la Convention citoyenne pour le climat ? Instance qui se veut innovante, dans sa forme comme dans ses propositions, ouverte au changement ; mais lorsqu’elle porte un jugement sur la proposition de loi du Gouvernement censée faire suite à ses recommandations, elle tombe dans le travers le plus traditionnel de l’école : la note chiffrée. 3,5 sur 10, c’est pas terrible, on le comprend aisément. Mais se serait-on contenté de « la moyenne » ou fallait-il que le Gouvernement obtienne un 10 pour que ce soit satisfaisant ? Une appréciation critériée aurait été plus intéressante. Mais aurait-elle été reprise en boucle par les médias ?

Parlons enfin du ministre de l’Éducation nationale. Je ne crois pas qu’il existe un logiciel ou site invitant à lui mettre une note, mais il est régulièrement présenté comme le « bon élève » du Gouvernement, notamment pour avoir « rendu » à Bercy des centaines de millions d’euros de crédit. Est-ce vraiment le bon critère pour juger de son action ?

La note a donc envahi le champ social et entretient des liaisons assez dangereuses avec « la comm’ ». Finalement, dans pareille société, ils ont bien du mérite ceux qui, dans ce dossier et ailleurs, parmi nos lecteurs par exemple, veulent évaluer autrement, réfléchissent à ce que signifie l’évaluation ! Bonne lecture, bande de disruptifs !

Sur la librairie

PNG

 

L’évaluation pour apprendre
Sans évincer la dimension critique des débats sur l’évaluation, notre dossier sera centré sur le lien entre l’évaluation et les apprentissages du point de vue de l’élève, pour mieux comprendre en quoi ce jugement permet à l’élève d’avancer, par son effet sur sa motivation, ou sur ses connaissances et compétences.