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Éditorial du n° 554 - L’économie à l’école

Un si bel ennui

Cécile Blanchard


En cette fin d’année scolaire, on se prend à rêver de vacances. Rien d’extraordinaire à cela. Mais ce rêve a sans doute pour beaucoup de professionnels de l’Éducation nationale une urgence particulière, après une année au rythme infernal du ministre, où les mesures, réformes et autres annonces sont tombées comme à Gravelotte (la métaphore guerrière n’est pas là par hasard). On aspire au repos, au calme, à l’oubli. À l’ennui même.

Cet été, nous allons enfin cesser quelques semaines de nous demander à quelle sauce les élèves vont être mangés (et les professeurs, directeurs, chefs, etc. avec). Non qu’il n’arrive rien durant l’été, car on connait la propension des gouvernants à profiter du 31 juillet pour publier des textes officiels sans remous. Nous allons baisser la garde parce qu’il faut bien lâcher un peu, penser à autre chose et céder au besoin de calme, d’apaisement des querelles pour une parenthèse enchantée. Un contrepoint à cette année de tensions et de tourbillons usants.

À bien y regarder, l’année 2018-2019 n’a pas été tellement plus animée par les nouveautés que l’année 2017-2018. Mais c’est un peu comme si des yeux s’étaient décillés, comme si beaucoup étaient sortis de cette étrange hypnose, ou sidération, qui a suivi dans le monde de l’éducation la nomination de l’actuel ministre.

Ça bout, ça frémit donc de nouveau dans les salles des professeurs depuis quelques mois. Suite à quelle goutte d’eau ? Quelle nouvelle injonction ou disposition est venue heurter et réveiller les consciences ? Sans doute pas la même pour chacun, selon son métier ou son niveau d’exercice. En tout cas, l’ambiance n’est pas à la douceur, et plutôt que la confiance inoculée par voie hiérarchique, c’est la défiance qui s’est installée.

Alors, voilà le programme : retrouver la sérénité le temps d’un été, pour mieux aborder la rentrée, retrouver l’enthousiasme, ou à tout le moins le sens d’un métier, et la motivation à se battre pour l’exercer comme on le conçoit et comme on l’aime. Nul doute qu’on en aura bien besoin.

Et puis, s’ennuyer (un peu), c’est une bonne occasion d’imaginer de nouveaux projets avec les élèves et les collègues, et de ne pas laisser ce privilège au ministre. Il se dit favorable à l’innovation ? Allons-y ! C’est une autre forme de résistance.

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