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Éditorial du n° 520, École et milieux populaires

Serons-nous encore Charlie ?

Cécile Blanchard


Qu’est-ce qui différencie un enfant de milieu populaire d’un autre ? Au regard de la Convention internationale des droits de l’enfant, rien. Mais à l’école, des tas de petits riens qui font beaucoup. Des différences dans les références culturelles, dans les attitudes, les comportements en classe, dans les façons d’apprendre. Ils ne partent pas de plus loin, mais d’ailleurs.

Ces différences, il faut les connaitre, pas pour montrer du doigt ni y enfermer les élèves, mais pour mieux les comprendre et éviter les malentendus, quand les éducateurs ont, majoritairement, les réflexes et les références dominants à l’école. Cela peut sembler des évidences, mais certains discours distillés ici et là donnent à penser que ça n’en est pas pour tout le monde.

Répétons donc que malgré les avancées de la démocratisation scolaire, ces enfants courent plus que d’autres le risque d’être laissés au bord de la route. C’est pourquoi notre priorité est de les accompagner au meilleur niveau, parce que tout enfant est éducable et parce que certains n’ont que l’école pour apprendre ce qui leur sera indispensable pour mener leur vie d’adultes. Cela demande de chercher encore et toujours les alliances, les tours et détours de l’enseignement et de l’apprentissage ; et (enfin !) de travailler avec leurs parents, tous les parents, de ne mépriser ou stigmatiser personne. Tout cela est dans notre dossier, traverse toute la revue.

Se préoccuper de ces enfants, c’est une façon d’être encore Charlie. La page ne doit pas être tournée trop vite. Beaucoup de nos articles encore ce mois-ci font référence à ce traumatisme, fondateur d’une nouvelle réflexion pour leurs auteurs comme pour nous, parfois amplificateur d’une conviction antérieure.

Car au CRAP et dans les Cahiers pédagogiques, nous voulons prendre le temps d’y réfléchir encore, obstinément, ne pas passer trop vite à autre chose, pour en tirer les leçons essentielles, peut-être même efficaces et concrètes, afin que ces drames de début janvier 2015 ne soient pas aussi inutiles et vains qu’ils le semblent.

D’autant que réfléchir ensemble, c’est quand même une manière de vivre bien plus enrichissante que de pester tout seul dans son coin !

Sur la librairie

 

École et milieux populaires
Le mythe de l’égalité républicaine, nous n’y croyons plus trop, nous savons bien que certains élèves «  sont plus égaux que d’autres  ». Nous ne sommes pas naïfs. Mais pour la plupart, enseignants et acteurs de l’éducation, nous pensons travailler à la promotion de tous et souhaitons souvent pouvoir «  compenser  » les inégalités.