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Editorial du n° 539, « Pouvoir d’agir et autonomie, de l’école au lycée »

Se gouverner soi-même ?

Laurence Cohen


Dans une interview récente [1], le ministre de l’Éducation affirmait connaitre les méthodes qui « marchent  », à coups de neurosciences et de retour en force de la «  syllabique  ». Les enseignants devraient dès lors être initiés, en formation initiale et continue, à ces méthodes miracles qui permettraient le fameux 100 % de réussite à la fin du CP. Mais le retour du serpent de mer sur les méthodes de lecture ne serait-il pas l’arbre qui cache la forêt ? Ce marronnier dissimulerait-il des intentions peu louables : faire de « l’école de demain  » une église sans chapelles, où tous les fidèles iraient dans le même sens ? Une école où les maitres seraient les exécutants de méthodes forcément efficaces, puisque réfléchies en haut ?

Or, dans le même temps, Jean-Michel Blanquer souhaite plus d’autonomie pour les établissements et de responsabilisation des personnels. Sur ces nouveaux chantiers, le ministre a pour l’instant été assez évasif. Mais quid d’une autonomie des établissements si ses acteurs n’ont guère d’autonomie pédagogique ? Que prône-t-on au juste quand on refuse à juste titre l’uniformité ? Le «  chacun pour soi  » ? Ou s’agit-il de fournir un service public éducatif qui serait adapté à chaque établissement, garantissant une équité des apprentissages, avec des équipes responsabilisées et plus autonomes ?

Notre dossier témoigne bien de toute la difficulté qu’il peut y avoir à innover dans des marges de manœuvre prescrites par d’autres. Il montre aussi la rigidité d’un système centralisé, mais parfois confortable. Une autonomie administrative et pédagogique combinée à une responsabilisation des personnels pourrait contribuer à une amélioration des résultats scolaires. Et pourtant, l’autonomie ne se décrète pas, elle se coconstruit avec l’ensemble des acteurs d’un établissement, y compris élèves et parents.

Tout comme il ne faut pas confondre déchiffrement et compréhension, formation et dressage, autonomie et indépendance, évaluation et contrôle, n’oublions pas que toute modification du système doit tendre à le rendre plus efficace, certes, mais aussi plus équitable.

Le chemin qui conduit à l’enfer peut être pavé de bonnes intentions.


[1Nouvel Observateur du 23 aout 2017.

Sur la librairie

 

Pouvoir d’agir et autonomie, de l’école au lycée
Prendre des initiatives, engager un processus de décision, animer une équipe, mettre en place une innovation, etc. Est-ce le domaine réservé du directeur d’école, de l’IEN, du chef d’établissement ? Au bout du compte, l’augmentation du pouvoir dans un établissement autonome, c’est celle du chef ou celle des personnels.

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