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L’actualité éducative du n° 504 - mars-avril 2013

Réorienter l’école

Par Patrice Bride


Et si on parlait trop d’orientation à l’école ? Et si on s’occupait plutôt d’abord d’y apprendre, tout court, en assumant de reporter à plus tard, quand il sera temps, la question de l’insertion professionnelle ? Et si l’école était d’abord l’école commune, qui accueille et instruit ensemble les filles et fils de médecins ou de manutentionnaires, sans souci de savoir s’ils deviendront avocat ou chauffeur de bus ?

Je ne plaide pas bien sûr pour une école retirée du monde. Mais il faut être vigilant à ce que l’orientation ne se réduise pas à l’information à donner à chaque élève pour qu’il se « construise un projet » correspondant à « ses capacités », à commencer par ceux qui ne trouvent pas leur place au collège et qui seraient tellement mieux à se rendre utiles dans les arrière-boutiques. L’orientation est l’affaire de tous, dit-on, pour signifier souvent qu’elle concerne toute l’équipe éducative, au-delà du seul conseiller d’orientation. C’est aussi l’affaire de tous les élèves, qui ont tous besoin de connaitre les réalités économiques et sociales, qui ont tous besoin de développer des compétences transversales aux diverses professions.

Il est beaucoup question dans notre dossier de «  découverte des métiers et des formations  », selon l’intitulé du dernier dispositif institutionnel (en abrégé, les PDMF). Au-delà d’une logique individuelle, il faut l’entendre comme une ouverture et un accès à l’ensemble des mondes professionnels, en particulier ceux qui sont les plus éloignés du milieu familial et social des élèves. Il faut prendre au sérieux la notion de parcours, pour sortir des chemins prédestinés par les pesanteurs sociales, ou des perspectives simplistes et fallacieuses de l’ascenseur social.

Les jeunes d’aujourd’hui ne vont pas seulement devoir s’insérer professionnellement. Ils vont construire, collectivement, la société de demain. L’école n’est pas, ne doit pas être une agence de prestations où l’on se procure les meilleurs diplômes ou les compétences professionnelles les plus monnayables sur le marché du travail. C’est un des creusets de l’avenir.