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Projets scolaires européens

Pourquoi et comment se lancer dans un projet européen ?

Conseils de S. Dubourg-Lavroff, A. Godbert, V. Devriésère et J.-L. Moreau

9 mars 2015

Pourquoi se lancer dans un projet européen avec sa classe, son établissement ? Comment s’y prendre ? Témoignages d’experts Erasmus.

Lire aussi : L’Europe, une école ouverte


Quelles bonnes raisons donner à une équipe pédagogique pour qu’elle se lance dans des projets européens ?
Un projet européen, comme tout projet de nature pédagogique, est le ferment d’une dynamique nouvelle qui crée un surcroit de motivation au sein de l’équipe concernée de professeurs et parmi les élèves impliqués. Il est porteur de perspectives de rencontres et d’échanges d’expériences de professeurs de l’établissement avec des collègues d’autres nationalités. L’approche comparée permet de trouver chez des professeurs originaires d’autres pays d’Europe des préoccupations, des difficultés, mais aussi des espoirs de progrès proches ou même communs, ce qui est toujours rassurant. De plus, elle offre des « boites à outils », des pratiques souvent répliquables.

Quant aux élèves, un projet partagé avec des jeunes de leur âge, à la fois semblables et différents, est une ouverture concrète et humaine, tangible et donc non limitée au quotidien de l’usage fictionnel des réseaux sociaux. Si le manque de confiance en soi, en particulier chez les élèves en difficultés, était un frein à leur progression scolaire, on constate souvent que s’ils ont trouvé leur place dans un projet européen, ils se transfigurent avec bonheur.

En s’engageant, les élèves ouvrent des portes en direction de pays européens, qui deviennent à leurs yeux d’autant plus attractifs qu’ils sont peuplés de jeunes qui leur ressemblent, placés dans la même situation de scolarisation. Ils prennent, s’ils ne l’ont déjà, le gout des langues étrangères, avec des occasions concrètes de les exercer. Une classe portant un projet européen se distingue des autres classes et gagne une identité valorisante.

On constate que l’Europe est devenue proche de chaque citoyen européen, dès le jeune âge, à la faveur des médias et des réseaux sociaux. Et l’on s’en réjouit : par-delà les anciennes frontières, elle est capable d’offrir un avenir professionnel à ceux des jeunes qui se seront essayés à participer à des projets et à des périodes de mobilité : l’enseignement supérieur et la formation professionnelle en offrent de plus en plus.

Sonia Dubourg-Lavroff, inspectrice générale de l’administration de l’Éducation nationale et de la Recherche


©Pierre Dubois

Quelles sont les nouveautés pour 2015 ?
Le nouveau programme Erasmus+ démarré en 2014 a introduit une modification d’ampleur : une logique de candidature institutionnelle s’est substituée aux candidatures individuelles traditionnelles. Cette évolution s’est accentuée en 2015, avec la possibilité de déposer une candidature sous l’égide d’un consortium, c’est-à-dire un regroupement d’établissements. Autre grande nouveauté : l’ouverture à de nouveaux publics, tels les inspecteurs à tout niveau et les personnels des rectorats ou des inspections académiques.

Une autre action, les partenariats stratégiques, va monter en puissance d’ici à 2020 et s’ouvrir à de nouveaux acteurs comme les associations, les collectivités locales, les entreprises. Plus généralement, les projets transsectoriels vont être aussi de plus en plus favorisés.

Pour en savoir plus, les enseignants et les chefs d’établissement peuvent prendre contact avec leurs délégués académiques aux relations européennes et internationales (Dareic).

Antoine Godbert, Directeur de l’Agence Erasmus + France


Viviane Devriésère et Jean-Luc Moreau sont évaluateurs externes auprès de l’Agence Erasmus+ France depuis de nombreuses années. Ils vous indiquent la marche à suivre pour monter un dossier Erasmus Plus et les erreurs à éviter.

Quelles sources d’information et d’assistance au montage de projet ?
Les porteurs de projets doivent tout d’abord se familiariser avec le nouveau programme Erasmus +, différent du précédent, et avec ses exigences. Pour cela, ils bénéficient de plusieurs aides :

  • L’Agence Erasmus+ France / Éducation Formation assure la promotion et la gestion d’Erasmus+. Son site offre tous les renseignements nécessaires sur le nouveau programme.
  • Le réseau des Développeurs de la mobilité a été créé pour aider les porteurs au montage des projets. Il permet d’identifier, près de chez soi, voire même dans sa propre institution, un interlocuteur bien informé et outillé pour aider les porteurs (la plupart des DAREIC sont membres de ce réseau).
  • Penelope+ est le site de référence pour tous les monteurs de projet ; il donne les informations les plus récentes sur toutes les actions en cours. Y figurent notamment les grilles d’évaluation auxquelles les porteurs peuvent se référer de façon très utile à toutes les étapes de montage du projet.

Les grandes lignes d’une candidature

Le projet doit impérativement s’inscrire dans les priorités européennes définies pour l’année 2015, priorités horizontales :

  • développement des compétences et développement de l’esprit d’entreprendre ;
  • formation et apprentissage par les TIC ;
  • validation des acquis non formels et informels ; reconnaissance des compétences et des qualifications ;
  • adaptation aux nouveaux besoins de compétences ; ou du secteur scolaire :
  • prévention du décrochage scolaire ;
  • accompagnement des jeunes qui ne maitrisent pas les compétences de base (français, mathématiques) ;
  • qualité de l’éducation de la petite enfance ;
  • professionnalisation du métier d’enseignant.

Il faut que le projet soit conçu et porté à l’échelle de l’établissement. L’implication du chef d’établissement et d’une équipe clairement identifiée est essentielle.
Les étapes de préparation, de réalisation et de suivi de la mobilité (aspects logistiques et organisationnels, évaluation des activités et reconnaissance des acquis) doivent être décrites très précisément.

Enfin, - et c’est là un élément nouveau - le nouveau programme demande au porteur de montrer précisément quelle sera la diffusion du projet et surtout l’impact attendu.
Quelles autres différences peut-on signaler avec l’ancien programme ? Dans les projets relevant de l’action KA2, le coordinateur a un rôle accru et c’est lui qui recevra la totalité de la subvention (dans le cas d’un partenariat à 3 pays).
Un projet peut comporter, ou non, des mobilités d’élèves. Elles ne sont pas obligatoires et doivent être justifiées.

Quelles sont les erreurs les plus fréquentes ?
L’examen de plusieurs candidatures évaluées en 2014, associé aux candidatures antérieures dans le cadre du programme Leonardo da Vinci, nous permet de mettre l’accent sur les points d’amélioration suivants :

  • Analyse de besoins Elle est réalisée fréquemment de façon trop sommaire : il faut se référer précisément au terrain et à la réalité de l’établissement. Les besoins des élèves ou des enseignants doivent être analysés de façon très précise, en prenant en compte, le cas échéant, les divers groupes concernés.
  • La coopération Il faut penser à décrire clairement vos partenaires, le fonctionnement du projet et la coopération prévue. N’oubliez pas d’être extrêmement précis dans la description du déroulement du projet. Les évaluateurs se fonderont sur le déclaratif de votre dossier : il faut donc être très clair et convaincant. Si vous avez recours à des partenaires intermédiaires (pour rechercher des entreprises d’accueil en cas de mobilité d’élèves de l’enseignement professionnel), il faut le justifier et bien montrer que vous ne déléguez pas de façon abusive à l’organisme intermédiaire le suivi des élèves. Les évaluateurs seront très attentifs à cela.
  • La gestion du projet La description de la conception du projet doit être détaillée. Songez à préciser quels seront les outils et les méthodes d’évaluation utilisés, en distinguant bien l’évaluation du projet de celle des participants.
  • Pertinence du projet La plus-value et le caractère innovant doivent être démontrés. De même, la valeur ajoutée européenne n’est pas toujours suffisamment soulignée : il faut prouver que le projet apporte des résultats qu’un projet réalisé en France n’apporterait pas.
  • Impact et dissémination Ils sont essentiels. Or, l’impact prévu n’est pas toujours précisé. N’oubliez pas que le nouveau programme accorde une importance toute particulière à cet item. Attention aussi à décrire les activités de dissémination : elles doivent être prévues en amont, proportionnelles à l’envergure du projet et se dérouler tout au long du projet. L’attention portée à ces deux items est très importante : ne la sous-estimez pas !

Quels sont les critères d’évaluation ?
Pour les actions KA1 :

  • La pertinence - 30 pts
  • La qualité de la conception technique du projet et la viabilité du plan de mise en œuvre - 40 pts
  • Les mesures de l’impact et de dissémination - 30 pts Pour les actions de type KA2 :
  • La pertinence du projet – 30 points
  • La mise en œuvre du projet – 20 points
  • La qualité des partenaires et des méthodes de coopération – 20 points
  • L’impact, la dissémination, la pérennisation – 30 points

Le dossier qui n’obtient pas au moins la moitié des points à chacune des rubriques et un minimum de 60 points sur 100 ne peut être retenu. Les financements sont ensuite accordés aux meilleures candidatures selon les budgets disponibles.

Notons également que le nouveau programme Erasmus+ permet à des pays tiers de participer à des projets, à condition que leur présence soit justifiée et que vous montriez qu’ils apportent des compétences indispensables aux autres partenaires.
En conclusion, le nouveau programme connaît de vrais changements : il offre de nouvelles possibilités, établit plus de liens entre les différents secteurs, invite à la créativité et souhaite répondre en cela aux défis et aux besoins de notre temps.

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École et milieux populaires
Le mythe de l’égalité républicaine, nous n’y croyons plus trop, nous savons bien que certains élèves «  sont plus égaux que d’autres  ». Nous ne sommes pas naïfs. Mais pour la plupart, enseignants et acteurs de l’éducation, nous pensons travailler à la promotion de tous et souhaitons souvent pouvoir «  compenser  » les inégalités.