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N° 538 - La parole des élèves

Paroles de lycéens engagés

Clémentine Malo, Jade Crespin, Nolwenn Yziquel

La grande taille de ce lycée qui, avec le lycée professionnel, compte plus de 2 000 élèves, en zone périurbaine, est souvent un frein à la communication interne, à l’expression des jeunes. Pour répondre à ces difficultés, le conseil de la vie lycéenne est très engagé, avec un projet de tutorat des élèves.

Cahiers pédagogiques : «  Qu’est-ce qui vous a poussés à être candidats ?

Clémentine : Personnellement, ce qui m’a poussée à être candidate, c’est de pouvoir créer des projets, réussir à les mettre en place et en voir l’aboutissement. Être dans la proposition. Évidemment, ma motivation était aussi tournée vers une évolution du lycée, avec l’objectif d’améliorer la vie des lycéens comme, par exemple, notre projet du tutorat entre élèves, pour que ceux-ci se sentent mieux et réussissent mieux en cours. Je pense également que nos mandats au CVL (conseil des délégués pour la vie lycéenne) nous permettent d’acquérir une certaine organisation, notamment grâce à cette autonomie.

Nolwenn : Les mandats permettent aussi de se projeter dans l’avenir, car on est confronté aux difficultés parfois financières ou de mise en place des projets, ce à quoi on a de grandes chances de se retrouver confronté plus tard.

CP : Qu’est-ce pour vous que l’autonomie dans le cadre du CVL ?

Jade : Selon moi, l’autonomie, c’est le fait de pouvoir interagir en grande partie seuls et de prendre des décisions sans adultes forcément.

Clémentine : Au niveau du CVL, notre autonomie nous permet entre autres d’organiser nous-mêmes des réunions pour parler des demandes et des projets, ou bien de faire la démarche d’avoir une réunion avec du personnel lycéen (administration, conseillers principaux d’éducation).

CP : Avez-vous suivi une formation sur l’animation des réunions, sur le rôle du CVL ? Est-ce que parfois des adultes vous guident et vous aident (lesquels), ou bien est-ce que vous agissez seuls ?

Clémentine : Nous n’avons pas eu réellement de formation de ce genre. Le CVL, pour ma part, m’a été présenté par d’autres membres du CVL l’année de ma candidature, et je pense que c’est le cas pour la plupart d’entre nous. Ils nous donnent envie de nous engager en présentant les projets en cours, en nous faisant part de leur autonomie et en nous parlant de l’ambiance au sein du CVL.
Par contre, les adultes nous accompagnent, notamment les CPE ; une d’entre elles est souvent la première personne avec qui on discute de nos envies et on peut aller la voir dès qu’on le souhaite pour échanger. Les membres de l’administration sont aussi très présents, car c’est à eux que reviennent les décisions importantes. Par exemple, pour le projet du tutorat entre pairs, on l’a d’abord présenté à l’administration avant d’entamer les choses concrètes. Il nous arrive aussi régulièrement d’avoir des rencontres avec le proviseur adjoint. En effet les projets, ce ne sont au début que des idées, il faut ensuite se mettre d’accord sur la manière de les mettre en place. C’est pour cela que le proviseur adjoint nous aide assez régulièrement : lors du lancement du tutorat par exemple, nous avons discuté avec lui de ce que l’on pensait faire concrètement ; au début, nous voulions rédiger des fiches papier pour savoir qui était intéressé(e) et dans quelle(s) matière(s), mais il nous a proposé de le faire via l’espace numérique de travail, avec un formulaire à remplir informatiquement par les élèves, ce qui est beaucoup plus simple et efficace pour le traitement des données par la suite.
Nous travaillons aussi à diversifier les espaces de travail et de détente au sein du lycée.

Jade : On pourrait avoir plus d’autonomie (selon moi), plus de prises de décisions seuls. Par exemple, lorsqu’on veut organiser un café-concert, si nous n’avions pas besoin de passer par l’administration au préalable, ce serait plus simple et plus rapide. Là, pour ce genre de projets, ce n’est pas facile, car les adultes ne les considèrent pas comme des priorités et c’est compliqué d’avoir un rendez-vous. Et aussi, il nous faudrait un budget qui nous permette de mettre en place nos projets.

CP : Vous feriez quoi avec un budget ? D’ailleurs, vous n’avez rien du tout !

Clémentine : On pourrait par exemple faire plus simplement les choses, comme les cendriers de poche. Élaborer également des affiches plus importantes pour communiquer sur un point. En fait, normalement, nous avons un budget, mais il est utilisé pour la formation des délégués. Lors du dernier conseil d’administration (CA), nous avons posé la question et ils nous ont répondu que le fonds de vie lycéenne était pour la vie du lycée et pas uniquement le CVL. De plus, avant ce dernier CA, personne ne savait nous dire de combien on disposait, et on ne nous a jamais proposé de pouvoir l’utiliser.
Notre action est souvent limitée à cause du temps : nos projets sont souvent à long terme et difficiles à conduire dans un temps court. Nous, les membres du CVL, n’avons pas toujours un temps illimité à y consacrer, avec nos cours et notre vie personnelle. Pas toujours facile de programmer des réunions très régulières, même si on essaie de faire de notre mieux.
La communication est aussi un point compliqué, car dans un lycée de cette taille (2 000 élèves), c’est difficile de communiquer efficacement : les affiches ne sont lues que par une minorité, et nous n’avons pas le temps de nous rendre dans toutes les classes pour diffuser les infos. On essaie donc, quand on le peut, de passer par les délégués ; récemment, des écrans ont été installés, et nous allons surement pouvoir les utiliser.

CP : L’autonomie dont vous disposez est-elle suffisante ?

Jade : Oui, on en a lors des réunions entre nous, non supervisées. Et aussi quand on envoie des courriels à des entreprises ou des associations extérieures ou quand on s’occupe de prévenir les délégués de classe ; on peut aussi aller à leur rencontre, et on peut imaginer des projets à leur présenter. Il y a quelques semaines, j’ai envoyé un courriel à l’association Action contre la faim pour savoir s’ils étaient intéressés par un de nos projets solidaires (“Le bol de riz”, projet consistant à ne manger que du riz accompagné de sauce et d’un fruit pour reverser les bénéfices à l’association). Nous sommes aussi présents lors des assemblées générales des délégués pour leur présenter nos projets.

Clémentine : Il y a bien sûr pas mal de limites, parce qu’ils doivent tous être soumis à l’accord de la direction. Nous ne l’avons pas toujours obtenu cet accord, notamment sur un de nos projets, le coin fumeur pour lequel nous avons fait plusieurs demandes. La proviseure étant obligée d’appliquer les lois, nous n’avons pas réussi à le maintenir à l’intérieur du lycée. Les fumeurs sont donc sur le trottoir, c’est dangereux et cela gêne l’entrée.

Jade : C’est agréable de savoir que dès notre âge, on possède une certaine autonomie. Cela nous responsabilise et nous apprend à réfléchir sur des sujets dont nous n’avons pas l’habitude (comme le tutorat, qui nous a permis de penser toute l’organisation nécessaire).

CP : Ce n’est pas angoissant l’autonomie ?

Clémentine : Au début d’un mandat au CVL, c’est vrai que cette autonomie peut paraitre angoissante, mais en réalité, cela ne l’est pas (pour ma part en tout cas). Notamment grâce au fait qu’un mandat dure deux ans : lorsqu’on arrive au CVL, les membres de l’année précédente sont avec nous, peuvent nous guider. Nous sommes aidés durant les premières réunions, ils nous expliquent de quoi nous allons parler, nous accompagnent pendant des rendez-vous avec l’administration. Au début, on fait les choses à plusieurs.

Nolwenn : Pour ma part, je dirais que c’est angoissant, car pour ceux qui prennent un mandat lors de leur 2de, ce qui est mon cas, on est non seulement projeté dans le nouvel univers qu’est le lycée, mais en plus, dans un nouveau fonctionnement et une autonomie tout aussi nouvelle au sein du CVL. Heureusement que les vétérans du CVL sont là pour expliquer et rassurer les derniers arrivés. Ils se mettent à notre place, car souvent ils l’ont déjà vécu, et décrivent certains rendez-vous qui ont déjà pu avoir lieu les années précédentes pour que nous puissions plus facilement nous imaginer les choses sans avoir peur. »
 
Clémentine Malo
Jade Crespin
Nolwenn Yziquel

Propos recueillis par Soizic Guérin

Le sommaire et les articles en ligne

 

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La parole des élèves
Un dossier sur la parole de l’élève à l’école : pour se construire une identité personnelle et collective ; pour penser, argumenter, apprendre, dans les disciplines, la vie de classe et d’établissement ; et pour l’intervention dans l’espace public et la représentation démocratique (délégués, conseil d’élèves, coopératif, CVC, CVL).


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