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L’actualité éducative du n° 504 - mars-avril 2013

Numérique : des élèves auteurs

Ghislain Dominé


Étrange paradoxe que de voir de plus en plus d’enseignants s’affranchir des cadres imposés par les manuels scolaires, alors que l’on impose aux élèves des ressources figées. L’heure n’est-elle pas à un nouvel âge de la documentation où les élèves seraient formés par leurs enseignants, des acteurs de leurs ressources ?

Une médiasphère multiple

C’est une évidence que nos élèves évoluent dans une médiasphère à échelle multiple et variable. Les informations proviennent d’une multitude de canaux. La télévision, les réseaux sociaux, les sites web, les journaux gratuits et puis, en bout de chaine, les professeurs avec leurs ressources : manuels, documents photocopiés ou vidéoprojetés. Ce chevauchement de sphères médiatiques est autant une chance qu’un défi. Et c’est une opportunité pédagogique. Notamment pour apprendre aux élèves à se constituer leur propre bibliothèque de ressources.

Bien entendu, l’enseignant dispose d’une expertise qui lui permet de sélectionner des ressources pertinentes. Mais il y a toujours quelque chose d’étonnant quand le professeur se prend à utiliser une ressource que l’élève aurait pu sélectionner par lui-même. Prenons un cas concret pour illustrer mon propos. Une classe de 6e travaillant sur une étude de cas sur Mumbai (Inde). Dans le cadre de l’étude, se pose la question du statut singulier de cette ville dans un pays si vaste et si divers. Apparait très vite la question de notre imaginaire de ce pays et cette ville (habiter un lieu, c’est aussi projeter notre imaginaire sur lui). Or l’actualité tombe à pic, le Président français se trouvant en Inde et, le jour même, à Mumbai. Naturellement, l’enseignant cherchera à nourrir la réflexion avec une séquence d’information. Où cherchera-t-il ? Sur Google ou via YouTube. C’est exactement ce que mes élèves ont fait !

La sélection de la vidéo se fait selon certains critères : informations transmises, pertinence des images, durée de la séquence, etc. Or ces critères, les élèves peuvent aussi les intégrer. Et ainsi opérer leurs propres choix. Puis les justifier auprès du groupe ou de l’enseignant.

Ces informations sélectionnées peuvent être sauvegardées. C’est l’un des grands avantages du numérique. Et le support peut prendre des formes variées. L’ordinateur de la salle de classe, le poste informatique de la classe pupitre relié à l’ENT (ou au réseau local), la clé USB, la tablette ou bien encore le smartphone. En fonction de l’appareillage de la classe, l’enseignant peut engager les élèves dans la construction d’une bibliothèque des ressources. Véritable fil mémoriel des recherches et du travail accompli. L’opportunité de former les élèves à la hiérarchisation des sources et des informations est à saisir.

Construire ses ressources

Enfin, à l’heure du numérique, on peut raisonnablement envisager que les élèves puissent construire des ressources constituées et partageables. Illustrons cela avec un exemple concret : après avoir travaillé sur un thème donné, une classe peut façonner leur propre chapitre qui viendra compléter le manuel numérique de l’année, œuvre collective et partageable. Là aussi, les modes opératoires sont variés : fabrication du manuel via des services web ou au moyen d’applications sur ordinateur (Sigil) ou tablette (Book Creator sur iPad). Et quelle fierté dans yeux des élèves quand ils peuvent partager «  leur  » livre auprès de leurs parents ou d’élèves d’autres classes !