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N° 532 - Justice et injustices à l’école

Mais où allons-nous ?

Cécile Blanchard


Il parait que des « pédagogistes  » malveillants ont décidé d’assassiner l’école ! Comme ça, un beau matin, ils se sont levés, se sont concertés, et ils ont décidé la mise à mort de notre glorieuse et immaculée Éducation nationale, par overdose de bienveillance et de refus des bonnes vieilles méthodes qui ont fait leurs preuves, puisqu’elles ont réussi aux élites d’aujourd’hui. Un véritable complot, vous dit-on !

Les mêmes, on le suppose, ont parait-il réussi à imposer dans les manuels scolaires de collège pour enfants de 10 ans une théorie du genre qui ne figure nulle part dans les programmes. Si ce n’est pas la preuve d’un complot, ça ! Et lorsque le pape, un Argentin sans enfant, vivant en Italie, s’en indigne sur la foi de ce que quelqu’un lui en a dit, la ministre française de l’Éducation nationale se permet de lui répondre ! Un véritable scandale ! Une honte !

Le monde est devenu fou.

À moins qu’il ne s’agisse d’un phénomène répétitif, selon une périodicité avoisinant le quinquennat, où, dans une sorte d’affolement général, ressortent les délires paranoïdes de ceux qui veulent se bâtir un destin électoral sur l’angoisse. Ainsi, certains attisent la peur du migrant pour pousser la population au refus des centres d’accueil dans leur commune ou leur région ; d’autres, ou les mêmes, attisent la peur de l’échec scolaire des enfants, du déclassement, du chômage, pour pousser l’opinion publique à réclamer le retour aux fondamentaux et à la sélection précoce. Le monde est injuste, pourquoi l’école échapperait-elle à la règle ?

Mais au fond, qu’en pense vraiment la majorité très silencieuse, quand elle n’est pas tenue de prendre parti pour ou contre un slogan simplificateur et biaisé ? Que veut l’opinion publique, de plus en plus demandeuse d’écoles et de pédagogies alternatives et qui plébiscite le livre de Céline Alvarez (pas exempt de critiques par ailleurs), à rebours de l’exigence d’un retour à des méthodes pédagogiques autoritaristes d’un autre temps ?

Faudra-t-il décider des politiques éducatives en fonction des palmarès de vente de livres ?

Le monde est fou, vous dit-on ! Allons, doublez-moi la dose d’antidote !

Sur la librairie

 

Justice et injustices à l’école
L’école est traversée par tous les débats qui agitent la société. La question de la justice y est particulièrement vive et le sentiment d’injustice très prégnant chez tous les acteurs aux prises avec l’institution. Entre la subjectivité du sentiment et les conditions objectives des injustices vécues à l’école, quelles réponses pouvons-nous apporter ?