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Avant-propos du n° 534 - Enseigner les langues aujourd’hui

Les langues étrangères, pour quoi faire ?

Soizic Guérin-Cauet et Hélène Eveleigh


Quand on parle une langue étrangère, on apprend davantage que du lexique et de la syntaxe.

On apprend l’autre. On apprend qu’au-delà des différences culturelles, nos points communs et nos intérêts convergents nous permettent de nous rencontrer, les uns les autres, et nous-mêmes. Quel meilleur miroir que le regard de l’autre, que je croise en apprenant ses mots ? L’accueil en classe des langues de nos élèves, les voyages scolaires et les échanges nous montrent ici à quel point la richesse de la langue est plus qu’une richesse linguistique. Les défenseurs des multilinguisme et plurilinguisme font la démonstration de l’apport vaste et varié des langues étrangères dans la classe, qu’elles soient maitrisées par tous, ou simplement mises en valeur chez chacun. Ainsi s’installent la confiance et l’esprit d’ouverture nécessaires à la maitrise d’une langue étrangère.

Mais comment ça s’apprend, une langue étrangère ? En croisant les disciplines : ici une expérience liée aux arts, là une utilisation du numérique ! En conversant au quotidien avec un enseignant de langue occitane, ou en complétant la connaissance des textes par leurs équivalents de différentes langues, les élèves pratiquent une langue étrangère et ne la tiennent plus à distance comme un objet sous microscope.

Travailler ensemble, confronter les contenus en utilisant les langues étrangères, c’est ce que nombre de collègues font par exemple dans le cadre des EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) mis en place par la réforme du collège. Cela donne du sens à la langue étrangère, devenue outil de communication réelle.

Elle a fait couler de l’encre, cette réforme, et peut-être particulièrement parmi les enseignants de langues étrangères, bousculés par les nouvelles pratiques : horaires modifiés, projets interdisciplinaires. Lieu de multiples apprentissages, toutes les langues étrangères ont leur place dans l’interdisciplinarité. Il faudra sans doute petit à petit que les enseignants s’approprient cette idée «  qu’on n’enseigne pas une langue étrangère, on enseigne quelque chose en langue étrangère  ». Idée qui, nous le croyons, mènera à une revalorisation des langues. Parce qu’en effet, ça sert à quoi, les langues ? Des exemples de pratiques et des apports théoriques (notamment sur l’évaluation, l’enseignement de la prononciation) répondront, nous l’espérons, à cette question.

Autre thème controversé : faut-il ou non commencer tôt ? Les nouvelles directives préconisent un démarrage précoce de l’enseignement des langues, ce qui motive un certain nombre d’enseignants. Pourtant d’autres tentent d’alerter, car la précocité ne serait pas si efficace et il vaudrait peut-être mieux commencer au collège, mais de façon plus intense. Se pose aussi la question de la formation des enseignants, particulièrement ceux du primaire qui incarnent si bien la multidisciplinarité. De quels outils disposent-ils, de quoi les ESPÉ (écoles supérieures du professorat et de l’éducation) les ont-ils dotés pour que leur mission soit accomplie ?

Enfin, quelles langues faut-il apprendre ? À l’heure où le monde se rétrécit, on serait tenté de réduire l’offre à la langue anglaise, celle des échanges commerciaux, celle qui nous sert en voyage. C’est oublier notre propos d’introduction : on ne se connait mieux que dans la multiplicité des cultures. Ainsi, les langues régionales ou dites rares (dans l’offre, surement pas dans le nombre de locuteurs) doivent être reconnues et valorisées davantage. La langue arabe, par exemple, est l’objet de discours souvent exagérés.

Nous avons reçu de nombreux textes, preuves de la vivacité des débats et de la richesse des expériences autour de l’enseignement des langues vivantes, et espérons que ce dossier contribuera à éclairer cette réflexion.

Soizic Guérin-Cauet
Professeure d’anglais au lycée Jean-Perrin de Rezé (44)

Hélène Eveleigh
Professeure de français retraitée

Sur la librairie

 

Enseigner les langues aujourd’hui
Apprendre une langue étrangère, c’est à la fois une évidence pour tous et une difficulté pour chacun. Et les études internationales ne font que confirmer que les Français seraient mauvais en langues. Quelles sont les pratiques qui permettent à l’apprentissage des langues vivantes d’être bénéfique pour nos élèves ?