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Avant-propos du n° 546 - L’histoire à l’école : enjeux

Histoire plurielle, passés singuliers

Alexandra Rayzal, Benoit Falaize


La place de l’enseignement de l’histoire dans les Cahiers pédagogiques dessine les contours de l’histoire de la discipline elle-même et de ses évolutions. 1967, 1970, 1981, 1985, 1999, 2009, et désormais 2018, autant de dossiers qui permettent de dégager un itinéraire en lien avec les interrogations du temps présent.

En 1967, la discipline scolaire est aux prises avec les débats idéologiques sur les classes sociales et les questions de méthodes (documents, outils pour la classe, quel manuel, etc. ?). En 1970, la logique de l’éveil, défendue par Suzanne Citron et ses collègues du lycée d’Enghien, est invitée à s’étendre au secondaire («  l’esprit critique plus que des programmes encyclopédiques descendants !  »). En 1981, après qu’Alain Decaux a déclaré que l’«  on apprend plus l’histoire à vos enfants  » le 20 octobre 1979, le dossier «  Pour quelle histoire ? Pour quelle mémoire ?  », qui porte la trace, là encore, de Suzanne Citron, s’inscrit dans la «  crise de l’histoire  » enseignée. En 1985, c’est Jacques Le Goff qui donne la tonalité d’un numéro consacré aux travaux de la commission qui porte son nom et qui revient sur les acquis du rapport Girault de 1983, du colloque de Montpellier de 1984 et des réflexions et renouvèlements épistémologiques et didactiques engagés autour de la nouvelle histoire. En 1999, le dossier coordonné par Jean-François Forges est presque entièrement consacré à l’histoire et aux mémoires de la Shoah, témoignant du tournant mémoriel qu’évoque ailleurs François Dosse. Enfin en 2009, Patrice Bride et Jean-Philippe Bugnard mettent en valeur les préoccupations de formation à la citoyenneté, à l’esprit critique, et montrent l’entrée de la prise en compte des compétences du socle commun. Plusieurs hors-séries numériques ont abordé depuis la question du numérique et celle de la mémoire.

Alors, après presque dix ans d’absence de dossiers consacrés à l’histoire, notre tâche était lourde. D’abord par l’attente que la rédaction des Cahiers pouvait nourrir, et aussi parce qu’il nous fallait rendre compte de dix années de débats intenses, de recherches en didactique et de pratiques renouvelées. Une autre difficulté est apparue : beaucoup d’articles nous sont parvenus et nous avons dû faire des choix (souvent cruels) et orienter le dossier vers la diversité des pratiques, sans pour autant négliger les questions historiographiques et épistémologiques. Car l’histoire enseignée aujourd’hui est faite de tout cela : à la fois de la sédimentation des pratiques, et de leur diversité, mais aussi des réflexions théoriques et didactiques qui atteignent le champ scolaire.

D’une part, le champ de la mémoire est désormais pluriel : Shoah, guerre d’Algérie, Arménie. D’autre part, la réflexion théorique sur l’histoire, en tant que discipline scolaire, s’inscrit dans la crainte d’une histoire instrumentalisée par l’idéologie et le politique. Pour cela, les éclairages étrangers étaient nécessaires en permettant de mettre utilement à distance les débats trop souvent franco-centrés. Enfin, les questions d’identité sont au cœur des enjeux du présent. Identité de la France bien sûr (ou de tout autre pays qui dispense un enseignement d’histoire nationale), mais aussi identités des élèves présents en classe et, plus largement, de la discipline tout entière. Même si on peut estimer discutable ce rôle attribué à l’enseignement de l’histoire par rapport aux enjeux scientifiques de la discipline, il nous fallait montrer son importance.

Alexandra Rayzal
Professeure d’histoire-géographie-EMC en collège

Benoit Falaize
Chercheur correspondant, Centre d’histoire de Sciences-Po

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