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La chronique de Nipédu, n° 564, « La coéducation permanente »

Harmonie coéducative

Régis Forgione, Fabien Hobart, Jean-Philippe Maitre

6 novembre 2020

Lamento
«  Si ses parents s’impliquaient plus dans sa scolarité, leur enfant réussirait !  » Derrière cette assertion, et ses dérivées que l’on peut encore régulièrement entendre en salle des professeurs ou sur les réseaux sociaux, se cachent une double lecture et deux croyances tenaces. D’abord, la démission éducative des parents. Ensuite, en miroir, le fait que l’implication éducative parentale serait mécaniquement synonyme de réussite de l’élève. Les deux sont des mythes aujourd’hui bien documentés par la recherche [1].

Bémol
Si l’engagement des parents ne produit pas de facto la réussite scolaire de leurs enfants, elle en reste cependant un facteur. Le système éducatif en est conscient et la loi de refondation de 2013 [2] est précise en ce sens : «  Pour garantir la réussite de tous, l’école se construit avec la participation des parents, quelle que soit leur origine sociale. Elle s’enrichit et se conforte par le dialogue et la coopération entre tous les acteurs de la communauté éducative.  » Pourtant, malgré les lois et les discours, cette coéducation parents-école reste un vœu pieux.

Dysharmonie
Tout se passe presque en double aveugle, comme si la cellule classe était une boite noire pour la famille et la cellule familiale une boite noire pour l’enseignant. De quoi largement nourrir les fantasmes des uns et des autres. Subrepticement, sans que personne ne puisse le prédire, la continuité pédagogique pendant le confinement a commencé à rendre plus visible et lisible, chacune de ces deux boites noires. Tout d’abord, le lien avec les familles, habituellement mécanique (le parent qui emmène ses enfants à l’école, le parent invité ou convoqué dans l’établissement), a révélé sa nature essentielle. Jusque-là, l’élève allait à l’école, en temps de continuité pédagogique c’est l’école (ou l’enseignant plutôt) qui va à l’élève. Parallèlement les parents ont dû, en partie, se transformer en enseignants.

Résolution
Les contacts entre familles et enseignants ont pris diverses formes, du téléphone à l’ENT (espace numérique de travail) en passant par le courriel ou le texto. Mais ce sont peut-être les visioconférences entre les enseignants et les élèves qui ont joué le rôle de révélateur, par touches subtiles, presque impressionnistes : le parent qui entend ou écoute par bribes l’enseignant faire classe, l’enseignant qui voit en arrière-plan un parent faire la cuisine, telle affiche déco sur le mur du bureau de l’enseignante, le papa qui passe en pyjama à l’image, etc. Ces interstices humanisants sortent chacun, parents et enseignants, de leurs contextes et rôles assignés.

Coda
Au sortir du confinement, un des points majeurs qui semble ressortir auprès des professeurs est ce rapprochement avec les familles [3]. On ne compte plus les retours et commentaires de parents qui disent mieux comprendre les difficultés à «  faire classe  » et reconnaitre la professionnalité du métier d’enseignant. Les professeurs, quant à eux, sont nombreux à indiquer que le lien avec les familles s’est resserré pendant cette période. De cette reconnaissance mutuelle, soyons positifs, il en restera forcément quelque chose pour nourrir une dynamique coéducative mieux reconnue, effective, en construction pacifiée.


[1Voir Patrick Rayou (dir.), L’origine sociale des élèves, Mythes et réalités, Retz, 2019.

[3Voir l’enquête Synlab «  Covid-19 et continuité pédagogique  », https://tinyurl.com/un2fy5z.

Sur la librairie

 

La coéducation permanente

Que pouvons-nous faire ensemble pour aider tous les enfants à grandir et mieux apprendre à l’école ? Pour ne pas se contenter d’une cohabitation plus ou moins forcée mais réfléchir à la place de chacun, croiser les regards et conjuguer les actions au bénéfice des enfants ?