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Éditorial du n° 527 - Neurosciences et pédagogie

Former pour refonder !

Pierric Bergeron


« Chaque enseignant bénéficiera de huit journées de formation » ; si cet affichage ministériel était louable, dans la mise en œuvre les choses se sont compliquées. Certains échos sur la formation des enseignants de collège laissent très pessimiste quant à la réussite de la réforme. Non pas qu’ils soient tous négatifs, mais parce qu’ils témoignent d’une hétérogénéité patente des situations.

Dans la façon dont est perçue la formation d’abord, car en plus des craintes légitimes devant le changement, un certain nombre d’enseignants, obéissant à des consignes syndicales, refusent la formation. Néanmoins, comme le signale Mara Goyet sur son blog, « on assiste davantage à des phénomènes de bordélisation molle qu’à des mouvements de contestation ». Reste que la minorité agissante rend le positionnement des formateurs difficile.

Pourtant, les mêmes qui dénoncent le risque d’une réforme qui développerait des disparités entre établissements contribuent, en sabotant les formations, à entretenir l’inégalité, car quel autre outil trouver que les temps de formation pour assurer une harmonisation et créer des pratiques pédagogiques communes ?

Ensuite, cause ou conséquence, il y a hétérogénéité dans le contenu de formations trop diverses, variant selon les environnements, la présence ou non de représentant de l’institution, de chef d’établissement et de l’expérience des formateurs, soumis, dans cet état de réelle tension, à la crainte de mécontenter. Ainsi, nombre d’enseignants perçoivent un message consensuel brouillé et semblent pouvoir faire ce qu’ils veulent ou ne rien pouvoir faire de nouveau.

On entend souvent dans les stages : « Ah mais tout ce que propose la réforme, on le fait déjà. » Voilà une entrée intéressante ! Car, comme le dit une formatrice : « Finalement, sur le terrain, on voit que quand on en arrive au registre des pratiques et dispositifs auprès des élèves, beaucoup sont intéressés et quittent leurs habits de ronchons. » Pour réussir ces formations, il ne faudra laisser aucune question sans réponse et donner plus d’autonomie aux équipes enseignantes ; enfin, considérer que la formation, avec tous ses défauts, est la variable nécessaire pour la réussite du changement ; il faudra mieux former pour vraiment refonder.

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Neurosciences et pédagogie
Les neurosciences provoquent des polémiques. Pour certains, elles représentent une menace pour une vision humaniste de la pédagogie. Pour d’autres, elles produisent des résultats évaluables qui feraient office de preuves. Est-on condamné à cette logique binaire ?