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N° 543 - Enseigner par cycles

Du cours double aux classes de cycle

Nabila Errami

Des modalités d’enseignement novatrices permettent une meilleure différenciation pédagogique et boostent les pratiques enseignantes pour plus de modularité et de coopération.

Depuis l’an dernier, dans notre école, le cycle 3 est réparti en trois classes de CM1-CM2, alors que jusqu’à présent, les cours doubles étaient évités. Cela a permis de mieux gérer les difficultés de comportement et d’apprentissage qui se concentraient sur un niveau. Avec l’accueil d’une équipe renouvelée d’enseignants, cette organisation de (quasi)-classes de cycle a rendu possible des collaborations et des décloisonnements proposant des modalités de travail nouvelles (plans de travail, ateliers tournants, enseignement massé en barrette). Tout cela pour permettre aux enseignants une réflexion plus aboutie et aux élèves des apprentissages dans des situations variées et adaptées.

Dès le début de l’année scolaire, des évaluations communes aux trois classes ont permis de déterminer rapidement les grands besoins et d’envisager les réorientations en sections d’enseignement général et professionnel adapté (Segpa).

Des temps d’apprentissage (ré)adaptés

S’en est suivie une organisation particulière d’enseignement en barrette pour trois classes, avec quatre enseignants (trois enseignants de CM1-CM2 et l’enseignant supplémentaire du dispositif Plus de maitres que de classes) : tous les élèves disposent de supports de travail identiques et chaque enseignant adapte son étayage aux élèves de son groupe, notamment l’enseignant supplémentaire qui a en charge une dizaine d’élèves en difficulté pour les premier et deuxième trimestres et une vingtaine d’élèves en réussite au dernier trimestre. Ce dispositif permet une meilleure différenciation dans ces trois classes mixées, tout en préservant une harmonie dans les apprentissages.

Les enseignants ont mis en place des plans de travail personnalisés pour répondre aux besoins et capacités de chacun, dans une logique d’individualisation des parcours : un apprentissage qui ne correspond plus à la classe d’âge, mais évite la plupart du temps la distinction CM1-CM2. Ce fonctionnement induit la mise en place de programmations spiralaires.

Au fil de l’année scolaire, une nouvelle organisation a vu le jour : une demi-journée par semaine d’ateliers tournants en décloisonnant les trois classes. Des ateliers autonomes d’entrainement sur les ordinateurs de la classe mobile, des activités en lien avec un projet littéraire, scientifique ou artistique, et des ateliers guidés pour remédier à une difficulté passagère. Finalement, l’unité classe, le rapport à un adulte référent unique, la salle de classe comme principal lieu de travail, propres à l’école élémentaire, s’atténuent vers un fonctionnement de collège.

Il n’y a pas de conseil CM2-6e officiel, l’obstacle principal étant que selon la carte scolaire, notre école répartit ses élèves entre les quatre collèges de la ville. L’équipe enseignante a fait le choix de s’associer au collège innovant voisin pour créer du lien au sein du cycle 3. Des projets « poésie » et « sport » ont mis en coopération les élèves des trois niveaux du cycle, dans des binômes et équipes hétérogènes, avec une mutualisation du matériel (tablettes numériques et matériel d’EPS) lors des déplacements dans les locaux du collège. Ainsi, la rupture en fin d’école primaire est moins forte et fait prendre conscience aux élèves que les apprentissages du cours moyen (CM) se poursuivent en 6e au collège.

Un travail d’équipe renforcé

Les vacances entre chaque période sont l’occasion de réfléchir en équipe. Enseignants de CM et maitre supplémentaire se réunissent sur des temps informels pour penser des modalités de travail variées et adaptées à tous les élèves, avec une programmation commune aux trois classes. Des conseils de cycle formels permettent par la suite des réajustements pour poursuivre la réflexion.

Malgré tout, des obstacles persistent. Concernant le cycle 3, la difficulté majeure est d’éviter la césure entre école et collège, de pouvoir créer du lien, alors que les concertations et les formations communes sont inexistantes : c’est la résultante de deux gestions hiérarchiques et administratives différentes entre premier et second degrés. En définitive, les rencontres directes entre enseignants, à l’initiative de l’enseignant supplémentaire, ont permis de prévoir puis de concrétiser des projets communs.

Une répartition des tâches s’opère et induit davantage de concertation en amont, mais un travail personnel réduit dans la préparation : un enseignant s’occupe de préparer tout le matériel de la séance de maths, un autre celui de l’histoire, le troisième les supports pour les séances de littérature. Le travail collectif permet de se rassurer quand on rencontre des difficultés, et lors des pauses en récréation, des questions émergent : « Cette séance n’a pas bien marché, et chez toi, ça a été ? — Oui sauf sur telle activité, ils n’ont rien compris. — Ah ! Moi pareil, tu me rassures ! On voit comment la reprendre demain ?  » Une modalité de travail qui permet de s’encourager mutuellement, s’épauler, se sentir moins seul. C’est aussi la possibilité d’avoir des échanges riches sur les contenus disciplinaires didactiques et sur les pratiques pédagogiques (mise en place de conseils de coopération), de la formation entre pairs par le travail collaboratif, pour profiter de l’expertise des autres et coconstruire.

Le dispositif Plus de maitres que de classes, accueilli dans l’école en 2015, fait le lien entre les classes. Il a impulsé ces pratiques communes lorsque l’équipe de cycle 3 est arrivée dans l’école en proposant des modalités de co-intervention variées, rapidement adoptées. L’enseignant supplémentaire co-intervient également au sein des classes pour favoriser l’échange de pratiques, proposer des idées personnelles ou vues dans les autres classes, essaime des pratiques efficaces observées, permet à l’enseignant de se mettre en retrait pour observer ses élèves ou apporte une aide renforcée, avec des rétroactions plus intenses afin de soutenir les élèves à besoins spécifiques.

Des pratiques glissent d’un cycle à l’autre, à l’instar de la demi-journée de décloisonnement qui a été adoptée par l’équipe de cycle 2 cette année : elle a rassemblé des élèves du CP au CE2 dans cinq classes cycle pour des activités de coopération et de vivre ensemble en enseignement moral et civique (ateliers EMC du vendredi réunissant tous les élèves du cycle 2, répartis en cinq groupes avec les quatre enseignantes et le maitre supplémentaire). À différents niveaux, les pratiques collaboratives s’installent chez les enseignants, mais aussi chez les élèves.

Nabila Errami
Maitresse supplémentaire, dispositif Plus de maitres que de classes, à l’école Nandina Park, Pau

Sur la librairie

 

Enseigner par cycles
La réécriture des programmes de l’école obligatoire réaffirme de façon explicite la notion de cycle dans le parcours de l’élève, mise en place dès la loi d’orientation de 1989. Cela change vraiment les objectifs et les conceptions des enseignements et donc interpelle les enseignants au cœur de leur pratique de classe.

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