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La chronique de Nipédu du n° 548

«  Ceux qui oublient le passé…  »


Lors de notre émission 97, nous avons évoqué le dernier livre d’Olivier Houdé, L’école du cerveau : de Freinet, Montessori et Piaget aux sciences cognitives. Au milieu des échanges autour de l’ouvrage est revenue l’incontournable arlésienne : la communication entre la recherche en éducation et les praticiens.

De fait, l’auteur nous offre de belles synthèses et semble souvent atteindre l’ambition affichée du livre : rendre accessible à tous (étudiants, parents et enseignants) l’histoire des pensées sur la cognition, de Platon aux neurosciences. Mais la concision assumée de son propos laisse place, pour certaines idées, à des imprécisions (par exemple, sur les stades définis par Piaget), voire à des inexactitudes (au moins sur les conceptions kantiennes de la connaissance).

Plus que l’exercice d’Olivier Houdé, c’est celui de la médiation scientifique que l’on peut, en fait, discuter.

«  Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement  », disait Nicolas Boileau. Mais tous les phénomènes de notre monde n’ont pas le privilège de se concevoir aisément, surtout ceux relatifs à l’humain. Alors, qui nous dit que c’est rendre service à qui que ce soit (enseignants ou élèves) que de simplifier, au risque de fonder ensuite des actions mal renseignées ? A-t-on envoyé un homme sur la Lune en ne lisant que les commentateurs d’Einstein ?

Mais ce n’est pas d’un homme dont il est question. C’est de douze millions d’élèves, dans une société qui n’offre pas à l’école les conditions pour leur offrir la Lune à tous. Au quotidien, il y a tellement plus urgent, et la raison de s’excuser de ne pas lire dans le texte Saint-Augustin ou Locke est impérieuse. Et puis, pourquoi cela aurait-il la moindre importance pour un enseignant ?

Peut-être parce qu’à l’ère où de vastes programmes de recherche (PISA, TIMSS, etc.) inspirent les politiques de l’éducation, où un Conseil scientifique de l’Éducation nationale a pris ses quartiers rue de Grenelle, il ne fait plus aucun doute que les enseignants sont en prise directe avec la recherche. Mais comment analyser ou critiquer ces actualités envahissantes, si on ne comprend pas les traditions et les ruptures dont elles sont issues ? Et, c’est dommage, mais on parle bien d’éducation depuis que l’écriture existe.

Confirmation

Peut-être aussi parce qu’Olivier Houdé lui-même souligne comment les résultats des neurosciences confirment les observations de Montessori ou de Piaget. Comme si les idées géniales de ces trop vieux auteurs (d’autant plus géniaux eux-mêmes qu’ils avaient déjà tant compris sans nos moyens techniques) ne nous suffisaient plus. Comme si le crédit des découvertes devait être attribué à ceux qui les démontrent à l’aide des outils les plus modernes, plutôt qu’aux esprits qui les ont pensées et testées par d’autres moyens.

Alors, bien sûr, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Les neurosciences précisent, affinent et confirment. Ce n’est pas sans valeur. Mais, encore jeunes, tellement plus a pu être établi sans elles ! De la même manière, ne venons pas arguer que, dans leurs conditions actuelles de travail, lire Kant soit une priorité pour les enseignants. Le problème reste sans solution en 3 500 signes, mais nous aurons été prévenus : «  Ceux qui oublient le passé se condamnent à le revivre.  »

Régis Forgione, Fabien Hobart, Jean-Philippe Maitre

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