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N° 518 - Enseigner, former : écrire

«  Apprendre avec le numérique, mythes et réalités  »

La chronique d’é.l@b

Voici, aux éditions Retz, un petit livre de Franck Amadieu et André Tricot organisé en onze chapitres, traitant de onze idées reçues concernant l’apprentissage avec le numérique, telles que : «  Le numérique favorise l’autonomie des apprenants  », «  La lecture sur écran réduit les compétences de lecture  ». On y parle aussi de la motivation des élèves, de l’enseignement adapté ou des digital natives. Avec l’intention de prendre parti : mythe ou réalité que ces affirmations ?

Chaque idée traitée est passée au crible avec une méthode simple et rigoureuse : énoncer un mythe (par exemple le mythe de l’apprentissage ludique) et préciser en quoi il consiste. Étudier ce qu’en disent les travaux scientifiques. Donner des exemples (de jeux sérieux, dans le chapitre cité). Et en tirer une conclusion, sérieuse, modérée et sans prétention.

Les auteurs pratiquent adroitement un grand écart entre la démarche scientifique et l’accessibilité au public, de nombreuses études sont citées pour illustrer chaque propos.

Cette démarche donne à l’ensemble un étayage scientifique convaincant. Et elle permettra au livre de servir de base de référence pour des approfondissements. Cependant, pour un lecteur désirant seulement se faire une opinion sur le sujet, les notes et les études alourdissent quelque peu le propos.

Ceci dit, les petits chapitres mettent bien les idées en place. Ils donnent des éléments d’argumentation venant généralement conforter des positions de bon sens. Par exemple, les auteurs étudient la question de savoir si «  le numérique favorise l’autonomie des apprenants  ». Des études sont passées en revue concernant la faculté de l’élève à s’organiser et à s’adapter dans son apprentissage, la mise en place de stratégies, la gestion des efforts et de la motivation. Dans ces domaines, elles montrent une réussite des élèves ayant déjà des bases solides concernant l’organisation, les stratégies, la motivation, etc. Et les auteurs concluent que l’autonomie n’est pas une résultante de l’apprentissage avec les outils numériques, mais plutôt un prérequis. Ce type d’apprentissage pourrait donc accentuer des inégalités initiales dans ces domaines, à moins d’initier un accompagnement très poussé avec tuteurs, suivi.

Souvent, les auteurs concluent que l’on peut faire beaucoup de choses avec le numérique, mais que l’on n’avait pas attendu le numérique pour les faire. Que si les outils numériques ne peuvent pas tout, ils peuvent tout de même apporter beaucoup. Ils nécessitent notamment la conception de scénarios pédagogiques adaptés, parfois complexes à mettre en place. À ce propos, un intéressant chapitre intitulé «  Ça va couter moins cher  » souligne que la gratuité ou le moindre cout pour l’utilisateur est le résultat d’un cout important en termes de travail de préparation. On entendra dans ce livre d’autres mythes tomber ainsi sous le couperet du réel.

On peut regretter simplement qu’une conclusion ne se soit pas imposée : la nécessité d’une politique résolue et ambitieuse de formation des enseignants, puisqu’ils ont à accompagner au mieux leurs élèves dans un monde déjà tellement numérique.

Sur la librairie

 

Enseigner, former : écrire
On n’y consacre guère d’attention. On se laisse bien souvent gagner par les facilités des formules toutes faites, ou encore le jargon du langage administratif. Regardons alors de plus près nos pratiques d’écriture et tentons d’en faire des opportunités de développement professionnel.