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L’actualité de la recherche - n° 540

Accompagnement des élèves : vers une prise en charge collective ?

Catherine Reverdy


Comment faire pour accompagner les élèves en classe en tenant compte de leurs besoins spécifiques ? Comment articuler l’accompagnement de chaque élève et l’avancée du cours pour tous ? De multiples dispositifs pédagogiques sont mis en place dans les établissements, et au sein des classes, mais leur efficacité n’est pas toujours au rendez-vous.

Des recherches sur la thématique de l’aide aux élèves [1], on peut retenir deux résultats principaux. Le premier met en lumière un changement conceptuel dans la prise en charge des difficultés des élèves. Avant les années 2000-2010, ces difficultés étaient souvent traitées dans des dispositifs externes à la classe, d’aide, de soutien ou de remédiation, entrainant une relation dissymétrique entre enseignants et élèves. Les méthodes étaient calquées sur l’expérience des enseignants spécialisés des Rased (réseaux d’aide spécialisée aux élèves en difficulté), qui travaillent surtout en petits groupes. Depuis quelques années, le concept d’accompagnement des élèves, assurant «  à chaque élève une prise en compte de ses besoins et de ses capacités  », [2] a remplacé celui d’aide aux seuls élèves en difficulté. Cet accompagnement devrait donc se faire en classe et pour tous les élèves. Mais ce changement reste surtout théorique car, dans les faits, aide et accompagnement coexistent, formant un amalgame de dispositifs si complexe et si incohérent que Bruno Suchaut le nomme «  fourmillement de dispositifs aux terminologies variées et qui évoluent sans cesse  ».

Un deuxième résultat met en évidence la difficulté d’évaluer les effets positifs ou négatifs d’un dispositif d’aide, visibles surtout à long terme, parce que les élèves qui suivent ces dispositifs ont des profils, des difficultés et des engagements dans l’apprentissage très différents. Si un dispositif est favorable à la moitié des élèves, est-il pour autant efficace ? Les effets des dispositifs d’aide externalisée ne sont pas probants à long terme au regard des résultats des élèves de même niveau hors dispositif, car la connexion avec les apprentissages réalisés en classe se fait mal ou peu. De plus, les élèves ayant longtemps été dans des dispositifs d’aide sont petit à petit stigmatisés, étiquetés comme étant durablement en difficulté, et peuvent se sentir exclus de la classe.

La question de ce qu’est un élève en difficulté (et son pendant, ce qu’est un élève qui réussit à l’école) est sous-jacente ici : tantôt traitée comme un handicap, tantôt comme un problème de comportement, tantôt comme une difficulté passagère, la difficulté d’apprentissage est paradoxalement peu au cœur des pratiques enseignantes. Il est en effet très délicat pour les enseignants d’enseigner dans des dispositifs d’aide hors forme scolaire, tout en reliant cet enseignement de manière cohérente à celui fait en classe.

Comment accompagner les élèves ?

Il existe des pistes pédagogiques et didactiques pour accompagner au quotidien les élèves et les aider à franchir les obstacles d’apprentissage au sein de la classe. La préparation des séquences et des séances par les enseignants vise à anticiper et offrir différents chemins pour acquérir de notions complexes, grâce notamment aux apports des didactiques disciplinaires. Bien d’autres occasions d’aider les élèves existent, mais il est plus difficile de les concilier avec les rythmes d’apprentissage de chaque élève ou le déroulé prévu de la séance. Citons comme exemple de piste pédagogique l’importance de l’explicitation des consignes données aux élèves, pour éviter les sous-entendus et les implicites, et ce, afin de s’assurer que tous les élèves comprennent l’objet d’apprentissage à atteindre derrière la consigne.

D’autres expériences proposent la mise en œuvre d’un coenseignement. Au Royaume-Uni et en Australie, on questionne le rôle et la formation des assistants pédagogiques [3]. En France, on retrouve cette idée dans le dispositif «  Plus de maitres que de classes [4]  » : le rôle des enseignants surnuméraires est d’intervenir, en concertation avec toute l’équipe pédagogique, «  en apportant une aide renforcée aux élèves scolairement les plus fragiles  ». Cette intervention peut se faire sous toutes les formes : coenseignement, groupes de besoin, observation des élèves. Cela laisse une souplesse d’organisation qui permet aux enseignants de s’adapter plus facilement. Pour autant, il semblerait que, pour fonctionner, le coenseignement doive se faire à armes égales, pour que chacun ait l’impression d’y gagner quelque chose, au-delà de la réussite des élèves qui est leur objectif commun.

Catherine Reverdy
Chargée d’études et de recherche, service Veille et analyse de l’Institut français de l’éducation (ENS de Lyon)


Pour aller plus loin

Catherine Reverdy, «  L’accompagnement à l’école : dispositifs et réussite des élèves  », Dossier de veille de l’IFÉ n° 119, juin 2017. En ligne : https://m-url.eu/r-16wa


[1Toutes les références bibliographiques mentionnées dans cet article sont en ligne : https://m-url.eu/r-1ank.

[2Citation tirée de la page https://m-url.eu/r-1hve. Des dispositifs d’accompagnement existent aussi à l’école primaire (https://m-url.eu/r-1hvf) et au lycée (https://m-url.eu/r-1hvg).

[3Voir les travaux «  Making best use of Teaching Assistants  » (2015) et «  Teaching Assistants in inclusive classrooms : A systematic analysis of the international research  » (2016).

[4Voir le dossier du centre Alain-Savary : https://m-url.eu/r-1hvh

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