En ces temps très difficiles pour la nation, on aimerait que soient bannis les discours péremptoires, les déclarations ronflantes, on aimerait de la nuance dans les propos et cette vertu majeure qu’est le «tact». Ainsi, la question de l’ouverture ou non des écoles pendant la pandémie est particulièrement complexe, les arguments pour ou contre ne manquent pas, ainsi que les propositions faites pour trouver des troisièmes voies (voir celles du think tank Terra nova reprises ici-même).

Les déclarations récentes du ministre consistant à demander aux parents d’ « assumer le risque » de contamination, « peu de chose » comparé à celui de la déscolarisation, en minimisant le premier terme de l’alternative, ne peuvent, dans ce contexte, que choquer.

D’une part, on sait bien aujourd’hui que la contamination n’est pas seulement un danger mortel pour une catégorie de la population (dont peuvent être des parents d’élèves), mais peut déboucher sur le fameux covid-long qui provoquera des dégâts pendant des mois ou des années. Ce n’est pas rien !

D’autre part, évoquer la déscolarisation comme second terme de l’alternative est faire fi des efforts de nombre d’enseignants pour maintenir un contact, appelé il y a un an un peu pompeusement « continuité pédagogique », mais qui malgré tout n’est pas un abandon des élèves concernés par une fermeture de classe ou plus.

Il n’est pas de la vocation d’un mouvement pédagogique d’énoncer ce qu’il faudrait faire en matière sanitaire. Mais on pourrait cependant espérer plus d’humilité, et un minimum d’autocritique, devant les failles actuelles (tests manquants, pas de propositions de vaccination pour ceux qui sont en contact avec les élèves, incohérences dans les annonces, souvent tardives et par voie de presse, faible consultation des personnels…).

Ce n’est sûrement pas ainsi qu’on établit cette confiance qu’on a tant mise en avant, qu’on répond à la souffrance aussi bien des personnels que des élèves, et qu’on mobilise positivement les acteurs pour affronter une situation qui n’est nullement au beau fixe.

Le bureau du CRAP-Cahiers pédagogiques
24 mars 2021