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Sur les chemins de l’école inclusive

Isabelle Ledru

Isabelle Ledru

Isabelle Ledru, conseillère pédagogique dans l’académie de Paris, nous raconte son parcours au service de l’école inclusive en tant qu’enseignante, coordonnatrice de dispositifs et accompagnatrice d’équipes pédagogiques.

Professeure des écoles depuis plus de vingt ans, le hasard d’une affectation lui ouvre en 2014 les portes de l’enseignement auprès de publics à besoins particuliers. La structure était un IME (Institut médicoéducatif) où Isabelle Ledru enseignait auprès d’adolescents avec autisme. Elle connaissait peu ce type de contexte et, dans celui-ci précisément, elle avait tout à construire, car la section venait d’ouvrir.

« Le groupe était hétérogène, avec des niveaux différents, du préscolaire au cycle 3. Il me fallait penser l’engagement dans la scolarité de tous ces élèves. » Elle voit dans cette situation l’occasion d’acquérir une nouvelle professionnalité. Elle se forme auprès du Centre de ressources autisme Île-de-France et de professeurs ressources, lit beaucoup. La conseillère pédagogique qui l’accompagne l’oriente vers le CAPA-SH, la certification d’enseignant spécialisé. « Je n’ai pas hésité une seconde devant cette perspective d’évolution de carrière intéressante. »

De nouvelles compétences en management

À la rentrée suivante, elle est nommée coordonnatrice de l’ULIS (Unité localisée pour l’inclusion scolaire) du collège Rognoni, à Paris. « J’ai eu de nouveau tout à construire, immergée dans le second degré, avec des codes différents du premier degré. »

L’expérience est propice pour enrichir ses compétences pédagogiques, didactiques. Elle nécessite aussi d’en acquérir de nouvelles, en communication et en management.

« Avec la fonction de coordination, on est dans l’échange avec l’équipe du collège, les enseignants, la direction, les administratifs. On communique également avec des partenaires externes. » Elle anime des réunions avec des participants différents, s’astreint à une grande vigilance sur les informations qu’elle communique.

« Les compétences managériales sont nécessaires, car on travaille en équipe avec les enseignants, les AESH, les éducateurs spécialisés, les psychologues scolaires et privés. Ce n’est pas inné. » Elle se rend disponible pour épauler les AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap). Elle veille à être là lorsqu’elle perçoit qu’un adulte commence à perdre confiance ou à perdre patience avec les élèves.

Un rôle transversal

Son rôle est généraliste et transversal. « Dans le cadre de l’enseignement auprès d’élèves en situation de handicap, il est essentiel de se concentrer sur leurs besoins éducatifs particuliers plutôt que sur leurs troubles. Cette approche permet de dépasser la dimension médicale pour privilégier une perspective pédagogique : identifier les obstacles à l’apprentissage, mettre en place des aménagements adaptés et valoriser les compétences de chaque élève. »

Les besoins d’apprentissage sont définis avec l’idée de s’appuyer sur ce que les élèves savent faire pour adapter les enseignements. « De quoi l’élève a besoin pour apprendre ? Que va-t-on mettre en place comme aménagement scolaire, comme adaptations pédagogiques ? » Certains élèves sont inclus dans pratiquement toutes les matières dans leur classe de référence. La salle ULIS est alors le lieu d’anticipation des notions abordées en cours, de reprise ou de remédiation. Ces élèves bénéficient en conséquence de deux temps didactiques distincts. Pour les autres, l’essentiel des apprentissages est dispensé par la coordonnatrice, en regroupement.

La première mission de la coordonnatrice est d’identifier les besoins éducatifs particuliers, les fonctionnements instrumentaux et cognitifs pendant les activités, la compréhension des consignes, la façon d’utiliser les aides, etc. Pour ces observations, Isabelle s’appuie sur des grilles qui l’aident à analyser le fonctionnement sensorimoteur, socioaffectif, cognitif.

Une personne ressource

Elle exerce un rôle de personne ressource auprès de ses collègues enseignants, vient en classe à leur demande pour observer des élèves qui ont des difficultés et ne sont pas forcément scolarisés au titre de l’ULIS. Des enseignants font aussi cours avec elle dans le dispositif, après qu’ils ont construit ensemble les séquences. « À l’époque, il y avait des HSA [heures supplémentaires année] fléchées directement pour les dispositifs ULIS afin de favoriser la coopération entre enseignants. » Elle profite ainsi de l’expertise d’un collègue, et les élèves – surtout ceux qui sont moins inclus – sont au contact d’autres professeurs.

Pour les enseignants, ces heures de coenseignement sont propices à mieux connaitre les collégiens de l’ULIS et de les observer en situation d’apprentissage. Ces séances sont également l’occasion d’apporter des connaissances de base facilitant pour certains élèves le chemin vers une inclusion. « C’était un bon levier pour faire mieux connaitre les élèves scolarisés au titre de l’ULIS auprès de la communauté enseignante. »

Progressivement, son expérience s’enrichit suffisamment pour qu’elle devienne formatrice et animatrice de groupes de travail pour des enseignants coordonnateurs d’ULIS débutants qu’elle accompagne et accueille dans son dispositif. Elle découvre là un nouveau rôle d’accompagnatrice qui lui plait.
Et, après sept ans passés au collège Rognoni, elle postule pour devenir professeure ressource dans l’académie de Paris.

Intervention à la demande

Dans cette nouvelle fonction, elle intervient à la demande des écoles et des établissements scolaires pour observer un ou plusieurs élèves en situation de handicap dans les classes ordinaires. « Les professeurs ressources effectuent des recommandations et aident à la mise en place des adaptations nécessaires à l’inclusion. Ils ont un rôle pédagogique d’accompagnement et de conseil auprès des enseignants. »

Toujours à la demande des établissements, elle peut également mettre en place des formations d’initiative locale sur des thèmes liés à l’inclusion des élèves à besoins particuliers. « Travailler avec une équipe pédagogique, c’est très valorisant. Normalement, un professeur ressource revient régulièrement, dans un partenariat au long cours. » Normalement, car rapidement, elle postule sur un autre poste, celui de conseillère pédagogique pour l’école inclusive, motivée à la fois par le besoin de travailler en permanence en équipe et la confiance qui, encore une fois, lui est accordée.

Là, elle sait qu’elle exercera en étroite collaboration avec l’inspectrice de l’Éducation nationale ASH (Adaptation scolaire et scolarisation des élèves handicapés), en l’aidant à mettre en œuvre les politiques éducatives liées à l’inclusion scolaire.

De retour sur le terrain comme formatrice

Elle commence en faisant fonction avant d’obtenir la certification nécessaire pour être formatrice dans le second degré. « L’objectif est de faire en sorte que la scolarisation des élèves en situation de handicap se passe bien. » Elle retrouve le rôle d’accompagnatrice qu’elle apprécie particulièrement en allant sur le terrain, à la rencontre des enseignants exerçant en ULIS école, collège, Segpa (Section d’enseignement général et professionnel adapté), unités d’enseignement. « Les postes sont occupés par des enseignants spécialisés, mais certains ne le sont pas encore ou sont en cours de spécialisation. Certains d’entre eux sont contractuels. »

L’accompagnement est adapté à la variété des profils et s’exerce aussi auprès de la direction et de l’ensemble de l’équipe enseignante. Elle est là pour aider les enseignants à identifier les besoins des élèves, à construire des séquences d’apprentissage en lien avec leurs projets, des réponses pédagogiques adaptées. Elle propose des outils, des démarches et des supports pour adapter les contenus aux profils variés des élèves.

Partager ses savoirs sur l’inclusion

Isabelle Ledru exerce aussi des missions de formation pour tous les enseignants, spécialisés ou non, intervenant en dispositif adapté ou pas, auprès des AESH, des équipes de direction. Dans le cadre des formations d’initiative locale, elle intervient sur des thèmes larges, comme la conception universelle des apprentissages, la pédagogie différenciée ou l’enseignement explicite. Elle épaule les équipes pour voir comment construire les partenariats en interne, avec les AESH par exemple, et en externe avec les personnels de soin.

Elle constate que « les nouveaux enseignants sont sensibilisés, car ils ont grandi avec la loi sur l’école inclusive et suivent des modules de formation sur ce thème dans les Inspé ». Elle intervient d’ailleurs auprès des masters MEEF (Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation) pour expliquer ce que sont les ULIS. « C’est important, car ils auront des élèves à besoins particuliers en classe. L’objectif est d’affuter leurs regards sur la nécessité d’adaptation, l’accessibilité des supports et des séances qu’ils proposeront. »

Elle qui a grandi professionnellement avec l’école inclusive veille désormais à partager des éléments théoriques et pratiques pour donner toutes les chances pédagogiques à l’inclusion.

Monique Royer

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Quelle continuité pédagogique en ULIS en collège ?, par Évelyne Clavier

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