Un ouvrage que tout CDI devrait posséder. De quelques problèmes et subtilités de la langue française, décortiqués par un spécialiste du langage qui n’est heureusement ni cuistre ni puriste, mais facétieux et pédagogue. Au-delà de ces questions parfois pointues, une réflexion sur ce qui fait vivre une langue, pas tant en crise qu’on ne le dit !

Certains connaissent peut-être la chronique de TV5 monde :  (« Dites-moi professeur ») où l’auteur de ce délicieux ouvrage explique avec facétie, humour et un sens aigu de la pédagogie et des « chutes », diverses curiosités de la langue française qui sont autant de richesses, à condition de ne pas en faire des aliments pour les éternels ronchons du « tout fout le camp », dont on nous dit que l’ancêtre est un certain Probus (page 281).

Bernard Cerquiligni, qui fut autrefois responsable des écoles au minstère de l’Education nationale, est tout sauf un puriste. Ce qui l’intéresse n’est pas le « il faut dire » et « ne pas dire », mais bien plutôt d’expliquer la nécessaire évolution d’une langue comme la notre. Sur des questions toujours brûlantes, qui provoquent trop souvent des guerres de religion, comme la réforme de l’orthographe ou la féminisation des noms, il adopte une attitude pragmatique, car pour lui c’est toujours l’usage qui a raison à long terme. « Il serait temps de se déprendre d’un amour sacré et d’un respect aussi paralysant qu’ombrageux » envers une langue « qui se porte bien ». Et l’immense culture de l’auteur sur les phénomènes de langue, loin de le mener au pédantisme fat ou de lui faire jouer un rôle de censeur sévère, le conduit à faire acte de vulgarisation bien comprise pour nous montrer au fond comment évolue cette chère langue française, qu’on peut aimer sans nationalisme à la Rivarol. Chaque page analyse ainsi un phénomène de langue. Cela va de l’origine parfois controversée d’une expression («en odeur de sainteté », « damer le pion », etc) à une subtilité (entre accords du participe passé et constuctions syntaxiques parfois douteuses) et aux problèmes de « bon usage » («ceci/cela », « censé/sensé », « en/dans »…), sans oublier bien sûr l’orthographe et la ponctuation (ah, le problème des majuscules !). Vous apprendrez pourquoi il est absurde de parler de « scénarii », ou pourquoi la langue française n’est pas ce modèle de clarté qu’on décrit, et bien d’autres choses que l’on peut goûter en feuilletant ce plaisant ouvrage, agrémenté d’encadrés et de citations d’auteurs en référence avec la question abordée, à partir d’un titre souvent savoureux (par exemple : « de l’importance d’avoir le nez fin, le bras long et la mémoire courte pour réussir en politique »).

Les centres de documentation doivent avoir cet ouvrage dans leurs rayons ; enseignants et élèves pourront en tirer parti. Car la grammaire de Bernard Cerquiligni est plus plaisante que l’austère et dogmatique pensum qu’on délivre trop souvent. Malheureusement, contrairement à ce qu’écrit l’auteur page 217, les cours de grammaire ne sont pas toujours ce « modeste équlibre entre les exigences de la rigueur et les besoins concrets » et ne donnent pas forcément « la joie » qu’on trouvera davantage dans ce « libre traité d’amour profane ».

Jean-Michel Zakhartchouk