Apprendre, grandir, c’est fragile ! En tant qu’éducateurs, enseignants, parents, nous l’expérimentons au quotidien, lors des multiples interactions avec les élèves (ou les enfants), et dès le plus jeune âge. Nous connaissons aussi l’importance et la nécessité des relations de confiance et d’empathie : on n’apprend pas dans la peur, on n’apprend pas si l’on ne se sent pas valorisé ou reconnu.

Dans la classe, la relation des élèves avec les enseignants et les disciplines scolaires se grippe parfois et là, peu de remèdes rapides sont à disposition. Il faut reconstruire de la relation, le lien de confiance avec l’école et les enseignants, lorsque l’élève les craint. Il faut patiemment tisser de la solidarité au sein de la classe, qui peut aussi être l’arène des jugements par les pairs, le règne de la comparaison qui classe les bons et les moins bons, qui exclut. A l’école, les collectifs d’enfants et d’enseignants vivent l’intensité des relations avec toute la gamme des émotions qui les accompagnent.

La recherche en éducation met de plus en plus l’accent sur l’importance du bienêtre à l’école, et les conditions à mettre en œuvre pour que les élèves persévèrent et réussissent scolairement, voire développent leur personnalité. Nous voyons dans ces différents travaux, l’importance du suivi des élèves pour un meilleur soutien aux apprentissages. Que se tisse-t-il dans ce contrat pédagogique, dans les relations scolaires, dans cet environnement scolaire, pour que les conditions rendent possible l’apprentissage ?

La recherche du « bienêtre » n’est pas réservée à l’école. Il se décline aujourd’hui, ailleurs, en tout lieu : le bienêtre en entreprise, le bienêtre en famille, le bienêtre sur les réseaux sociaux et dans les librairies. Mais instaurer le bienêtre à l’école demande du temps pour faire émerger une relation apaisée entre les élèves et les enseignants, entre les élèves entre eux, entre les élèves et les situations d’apprentissages, les savoirs.

Cette construction du bienêtre est-elle compatible avec la pression de plus en plus grande qui pèse sur enseignants et élèves par le biais de l’épaisseur des programmes, de la fréquence et de l’exigence des évaluations, des nombreux tests qui pointillent le cheminement des élèves dans les grilles horaires, de l’injonction généralisée à la performance ? Dès les premières années de maternelle, aujourd’hui, l’élève fait face à de nombreuses attentes. On souhaiterait que l’élève sache tout avant même d’être arrivé à l’école (voir la note du CSP sur les programmes de maternelle). Faut-il avancer ici que « tout n’est pas joué avant 3 ans ! », et que l’école peut offrir la possibilité de devenir autre !

L’envers du décor est la souffrance des élèves qui ne sont pas encore ou jamais là où on les attend, tout en étant déjà en rapport avec des attentes très élevées.

Parfois, c’est la souffrance des enseignants que nous entendons, car ils se sentent démunis pour faire face aux situations difficiles des élèves. Nous nous demandons dès lors si une partie des souffrances de l’élève comme de l’enseignant ne serait pas effacée si, tout à coup, on découvrait que l’on a le temps d’éduquer, d’enseigner, d’apprendre ? On peut penser aux cycles d’apprentissages qui se révélaient être des espace-temps plus vastes pour accueillir le plus grand nombre.

Plusieurs axes de questionnement pourront être explorés dans notre dossier :
– Comment articuler les apprentissages des élèves et leur bienêtre ?
– Comment articuler l’apprentissage de la loi et le bienêtre ?
– Comment articuler le bienêtre personnel et le bien commun ?
– Comment l’institution risque-t-elle de générer du malêtre ?

Ainsi, dans ce numéro, nous aimerions découvrir et explorer :
• Les récits d’expériences professionnelles qui rendent compte de dispositifs, de manières de faire, des ouvertures de l’école pour mieux accueillir les élèves, en prenant en compte leur parcours, leur bienêtre.
• Les ouvertures, les conditions nécessaires, les freins et les impasses. Paradoxalement, accueillir ici des écrits qui décrivent et explicitent ce qui génère du malêtre à l’école, et comment les professionnels s’en sortent dans leur quotidien pour faire face. Nous sommes donc intéressées par les textes qui analysent les difficultés et proposent des leviers vers la construction d’un mieuxêtre en classe.
• Des pistes de formation pour les professionnels.
• Des récits ou témoignages d’élèves qui rendent compte de comment ils ont trouvé des environnements et des milieux scolaires les aidant à se relever, à se révéler.
• Nous attendons également des contributions d’enseignants qui pratiquent diverses formes de relaxation dans leur classe ou leur établissement. Nous demandons aux auteurs ce qu’ils attendent de ces pratiques, comment ils y embarquent les élèves (les élèves ne sont pas toujours emballés, ils soupçonnent vite que l’enseignant veut leur apprendre à « être sage »).

Nous recherchons une diversité dans la forme des textes : au côté des synthèses de recherches vulgarisées et des analyses de pratiques classiquement publiées dans notre revue, pourquoi pas des fiches pratiques, paroles d’élèves, portraits, dessins, poèmes ou contes… Nous pourrons en discuter ensemble à réception de votre proposition.

Envoyez-nous vos propositions de contribution sous la forme d’un résumé d’une dizaine de/de quelques lignes avant le 30 juin 2021 aux coordinatrices du dossier (remplacer le [at] par @) :
andreea.capitanescu[at]cahiers-pedagogiques.com
maeliss.rousseau[at]cahiers-pedagogiques.com