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Construire ensemble l’école d’après

Sylvain Connac, Jean-Charles Léon, Jean-Michel Zakhartchouk

29 août 2020
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L’école «  d’après  », un vain slogan, un conte de fées pour ceux qui penseraient que, aux lendemains de la crise sanitaire, une autre école va naître, plus juste, plus en prises avec le monde ? Ce livre, coordonné par des pédagogues engagés, et fruit d’un travail collectif avec le réseau du CRAP-Cahiers pédagogiques, contient de nombreuses propositions pour passer du slogan à la mise en œuvre : comment utiliser à bon escient les outils du numérique, comment modifier programmes et pratiques pour penser le monde actuel (parcours santé, esprit critique…), comment intégrer le respect de l’environnement dans le quotidien de l’école, comment prendre mieux en compte les familles, comment au quotidien, lutter contre les inégalités.


Entretien avec les coordonnateurs du livre, Sylvain Connac, Jean-Charles Léon et Jean-Michel Zakhartchouk

Racontez-nous la drôle d’aventure de ce livre.

Quand le confinement a débuté, devant la brutalité de la situation et la difficulté à agir, nous avons été plusieurs, au sein de l’association CRAP-Cahiers pédagogiques, à nous réunir pour échanger, discuter, proposer et mettre à disposition des collègues, par le biais du site des Cahiers pédagogiques, des ressources «  de confinement  ». De ces paroles ont émergé des textes qui ont très rapidement été publiés sur le site de l’association L’école à l’heure du Covid-19 [1] et, quelques semaines après, Revenir à l’école. [2]

Cela a créé une sorte d’effet boule de neige ; les contributions ont été nombreuses venant de professeurs des écoles, d’enseignants en collèges et lycées, de personnels de direction ou d’inspection, etc. Devant cet afflux d’écrits riches et intéressants, en mai, Jean-Michel Zakhartchouk a eu l’idée d’en faire un ouvrage. Notre partenaire ESF, en quelques heures, a répondu favorablement à ce projet fou, en ajoutant la contrainte nécessaire du temps : trois semaines pour rendre le manuscrit !

Cela nous a amenés à un intense travail de lecture, tri, relances ou sollicitations. Nous avons été agréablement surpris, au bout de quelques jours d’un travail intense, de voir que nous avions suffisamment de textes ! Pour travailler à trois, nous avons utilisé des outils d’éditions collaboratives et nous avons passé quelques-unes de nos soirées à échanger pour se caler. Tout n’a pas toujours été fluide, l’urgence n’est pas la meilleure conseillère pour une efficacité maximale. Bref, on retrouve en confinement les mêmes joyeusetés coopératives qu’à n’importe quelle autre période.

Comment avez-vous identifié les thèmes à traiter et les auteurs à solliciter ?

Nous avons voulu écrire une polyphonie, puisque Jean-Charles est professeur de musique. Nous avons voulu interroger et présenter la réflexion des chercheurs, des penseurs de la pédagogie, des praticiens (eux aussi chercheurs et penseurs le plus souvent !), sans nous limiter à un champ particulier des sciences sociales. Philippe Meirieu nous a fait l’amitié d’écrire en ouverture une contribution majeure ; il fait une large part aux idées promues par notre mouvement et notre revue depuis fort longtemps. Pierre Delion parle du groupe et de son importance trop souvent ignorée dans l’éducation ; François Dubet et Philippe Watrelot écrivent deux textes en forme de «  coda  », pour continuer sur la musique, qui synthétisent et ouvrent les perspectives de ce que pourrait être «  l’après  ».

Mais ce qui est peut-être le plus émouvant, pour nous, c’est la multitude des témoignages de collègues qui travaillent au quotidien avec les élèves, qui ont été comme libérés de la chape institutionnelle : le mot d’ordre semble être passé de «  répondre à une demande  » à «  comment faire pour le bien des élèves  ». Ils dessinent une école fort différente de celle que l’on connait depuis longtemps, avec une inventivité réjouissante.

Au départ, nous pensions utiliser pour une bonne part du livre les témoignages et points de vue parus sur le site des Cahiers pédagogiques, que nous alimentions toujours. Peu à peu, quand nous avons vu que ceux que nous sollicitions nous répondaient favorablement et nous envoyaient des textes souvent riches ou savoureux, nous avons constaté que les neuf dixièmes du livre étaient constitués d’inédits. Certes, notre part de coordonnateurs reste importante, mais nous avons inséré ces contributions évoquées ci-dessus en mettant du lien et de la cohérence entre elles.

En tout cas, cela faisait un bien fou, dans cette période étrange et pas toujours gaie, d’échanger avec ces auteurs qui nous faisaient part de leur créativité dans l’enseignement à distance ou de leur plaidoyer pour une école plus proche de la nature. Dans une situation de confinement et d’immobilisation des corps, la pensée était toujours en marche.

À qui s’adresse cet ouvrage ?

La période a été difficile pour tous les acteurs de l’école. Entre le stress lié à l’évolution de la maladie, celui lié aux conditions du confinement, la mise en place rocambolesque de la continuité pédagogique, l’appropriation dans l’urgence de nombreux outils numériques, les ordres et contrordres diffusés par le ministre à travers les médias, l’organisation progressive du retour des élèves en classe, les attaques inadmissibles contre les enseignants et un devenir qui reste très incertain, nous ne pouvons pas moins faire que d’adresser cet ouvrage à tous ces professionnels qui se sont battus pour sauver ce qui pouvait l’être de notre école.

Mais surtout, nous avons été tous les trois adversaires de l’emploi de termes comme «  distanciation sociale  ». Il n’y a eu que de la distanciation physique. Elle a montré, elle a fait émerger l’immense demande de groupe, de social et de lien, de solidarité ; celui qui a marché dans les rues vides des petites villes a pu constater le nombre impressionnant des panonceaux «  Merci  », souvent écrits et dessinés par des enfants, à destination des métiers du lien, du service et du soin. Nous espérons que ces textes et ce livre trouveront assentiment auprès de ceux qui veulent une école et une société humanistes, une école qui se soucie de l’autre et du groupe pour favoriser l’apprentissage de tous.

À travers ces réflexions et ces comptes rendus se dessine ce qui pourrait devenir une école de l’après, si on laisse cette créativité s’exprimer. N’oublions pas que les Cahiers pédagogiques sont nés il y a trois quarts de siècle, déjà sous le signe d’une «  école d’après  », aux lendemains de la tragédie de la guerre et de l’Occupation.

Une chose en particulier pour inciter à sa lecture ?

Nous avons donné la parole à des personnes impliquées dans tous les secteurs de l’Éducation nationale. C’est intéressant de parcourir l’ensemble de ces regards et d’y déceler ce qui fait sens commun : une école pour tous, qui s’engage farouchement contre la mise au banc des élèves les plus vulnérables ou éloignés de la culture scolaire, une école de la relation, pour que la présence des corps participe à améliorer le rapport à la culture et aux apprentissages, une école des savoirs, qui ne lésine pas sur des accompagnements rigoureux et exigeants, une école qui prend soin de ses professionnels, à travers une valorisation de leur statut, une écoute de leurs réalités, des moyens apportés à leurs besoins, notamment pour les considérer capables d’agir sans être relégués à des fonctions d’exécution.

Ce livre n’est pas fait pour répondre à une conjoncture particulière. Ce n’est pas le livre du confinement, il va bien au-delà. Les situations de crise révèlent toujours les dysfonctionnements, les manques, les failles ou faillites qui ont été considérables dans l’institution scolaire depuis le mois de mars. Nous avons voulu, à travers ces textes et notre manière de faire (nous ne sommes pas auteurs mais coordinateurs), montrer que la coopération était assurément la solution ou une partie fondamentale de la solution : construire, ensemble, comme le dit le titre, une école d’après. Nous l’espérons.

Propos recueillis par Cécile Blanchard


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