Les entraîneurs sportifs ont souvent un message à délivrer et nous pouvons le mettre en rapport avec le monde de l’école : soit ils adoptent la mode du coaching et fouettent comme des cochers (les coaches !) leurs troupes, soit ils pensent que le meilleur mouvement est celui qui est alimenté par nos émotions et ils organisent leur travail en conséquence. Jacques André s’engage résolument dans le second camp et, après les avoir rodés dans ses conférences et son enseignement à l’IUFM ou à l’université, il nous livre ses conseils pour Éduquer à la motivation, cette force qui fait réussir. La clarté du titre annonce celle du propos : la motivation n’est pas une substance énergétique dont seraient dépourvus les élèves en difficulté. « On n’enseigne pas la motivation, on aide à sa croissance par un contexte relationnel aux caractéristiques bien précises. » (p. 14) Le parti pris éducationnel a pour effet d’attirer l’attention sur le fait que la motivation n’est pas à l’origine de l’éducation mais qu’elle détermine son résultat.
La deuxième originalité de l’ouvrage consiste dans le lien établi avec la réussite qui donne son titre au premier chapitre : « Toute réussite est suspendue à la motivation. » Au lieu d’expliquer l’échec par l’absence de motivation, souligner sa présence dans toute réussite fait abandonner par l’auteur le discours de lamentation pour passer à un diagnostic définissant celle-ci comme une « énergie psychologique coexistant avec l’énergie biologique » (p. 32). Poussant plus avant son investigation, il découvre et met en avant le rôle moteur du plaisir qui alimente et réalimente la motivation, quand bien même ce plaisir prend des voies inattendues dont celle de l’effort et du travail. Sans qu’elle cède au laxisme, cette place centrale accordée au plaisir prélude à des citations d’Alain qui ne passe pas pour un hédoniste ! À ce propos, le lecteur regrettera le soin insuffisant accordé à la bibliographie puisque les auteurs, ouvrages et références ne sont pas traités avec la précision qui permettrait de remonter à la source du propos et de le situer dans son contexte.
Plusieurs exemples tirés d’une expérience étoffée d’entraîneur et d’éducateur permettent d’établir que l’enfant peut souvent s’investir dans une tâche ou une mission que l’un de ses parents n’aura pas conduite à son terme, accomplissant une sorte de mission confiée par des voies inconscientes. D’où l’importance de la personne choisie comme référent par l’élève dans son développement. Reprenant les apports déjà anciens de Rogers (1968 et 1972), Jacques André les rend très concrets et proches de l’action du référent en un inventaire qui insiste sur le plaisir, sur la valorisation, sur l’éthique, sur la codéfinition des règles, sur la finalisation de l’action, sur la connaissance des situations et des tâches motivantes et sur une écoute active.
Finalement, le projet politique de l’auteur (« Faire vivre la démocratie à l’école », p. 244) emporte l’adhésion et l’importance accordée à la motivation (ce qui, au sens étymologique, nous fait bouger) donne des pistes d’action pour la formation de l’éducateur qui, suite à cette lecture, ne peut plus la considérer comme une donnée (ou, le plus souvent, une absence) mais se voit doté, par des références scientifiques aussi bien que par de courts récits extrêmement convaincants qui complètent et illustrent le texte argumentatif d’une base de connaissances opérationnelles en la matière.

Richard Étienne


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