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N°568, L’évaluation pour apprendre

“Une ville à hauteur d’enfant”

Entretien avec Fanny Dombre-Coste

2 avril 2021
Montpellier est une grande ville où les défis éducatifs sont naturellement très divers. Comment s’en saisit-on quand on devient maire adjointe chargée de l’éducation sans avoir une connaissance spécifique des sujets ? Fanny Dombre-Coste, élue en 2020, nous présente son parcours, ses chantiers et sa méthode.

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L’école, c’est un bon souvenir pour vous ?

C’est une bonne question ! C’est un souvenir mitigé. J’ai fait de très belles rencontres avec des enseignants passionnés qui m’ont profondément marquée dans mon temps de scolarité, mais je me suis aussi beaucoup ennuyée. Il y a eu de grands bonheurs, avec des ouvertures sur des champs extraordinaires, comme la littérature. Je suis une très grosse lectrice et c’est grâce à certains de mes enseignants. Mais j’étais plus attirée par l’extérieur, mon école était dans un grand parc, on avait une liberté d’enfants à l’extérieur de la classe qui était extraordinaire, j’en ai largement profité !

Et ensuite, quel a été votre parcours ?

Mon grand-père passionné de photo m’a transmis sa passion et j’en ai fait mon métier. Aujourd’hui, je suis toujours photographe pour des travaux personnels. J’ai été formée par l’éducation populaire, notamment par de longues années de scoutisme. J’ai été en responsabilité de groupes de jeunes dès l’âge de 15 ans, puis formée aux méthodes d’éducation active par les Ceméa. J’ai ainsi encadré des enfants pendant de nombreuses années. Très investie dans le milieu associatif, cela m’a amenée naturellement à m’engager en politique.

C’est dans ces multiples terreaux que j’ai puisé ma compréhension du monde et mon envie de participer au collectif.

Quelle est votre vision de votre rôle d’élue ?

Élue locale puis députée, j’ai assumé des responsabilités dans des champs très variés, comme l’économie de proximité, les questions environnementales, etc. J’y ai acquis une méthode, qui me permet de prendre du recul pour réfléchir et établir un diagnostic d’abord, puis déployer des propositions. C’est très précieux pour relever les défis de l’éducation, qui correspond au temps long.

Aujourd’hui, je me régale, l’éducation est un sujet extraordinaire ! Je m’appuie sur l’expertise du terrain grâce aux nombreux acteurs de la communauté éducative, pour mener un travail en coconstruction. C’est là qu’est mon expertise.

Présentez-nous Montpellier.

Montpellier est une ville attractive avec une forte pression démographique. Nous devons construire une nouvelle école chaque année, en plus de ses 126 écoles et 21500 élèves actuellement. La nouvelle équipe municipale autour de Michaël Delafosse a fait de la réussite éducative sa priorité. C’est la raison pour laquelle il l’a confiée à sa première adjointe.

Nous souhaitons faire de Montpellier une ville éducatrice à hauteur d’enfants, où l’apprentissage dépasse le seul cadre scolaire, et se dessine dans tous les temps et tous les lieux. Notre objectif est de répondre à chaque besoin éducatif, quel qu’il soit, pour permettre à chaque enfant de s’épanouir et de s’émanciper. Nous souhaitons que la ville prenne toute sa part à la construction de ce parcours pédagogique. L’école publique doit être renforcée par le volontarisme de sa ville, pour donner lesmoyens d’un lieu de confiance qui délivre le bagage commun des futurs citoyens.

Quelles sont les premières mesures que vous souhaitiez mettre en œuvre ?

Nous avons à cœur d’appliquer le programme validé par les Montpelliérains, très riche en matière éducative. Dès notre arrivée, nous avons très vite mis en œuvre plusieurs mesures : l’augmentation de la dotation par enfant de 40,5 € à45 €, un tarif très social pour la cantine à 0,50 €, un plan numérique massif avec l’installation d’un vidéoprojecteur et d’un ordinateur dans chaque classe.

Nous avons mis en place un soutien scolaire gratuit, public et laïque dans chaque école, par des enseignants volontaires ; et en cours de déploiement dans les médiathèques et Maisons pour tous les mercredi et samedi.

Nous souhaitons renforcer l’école publique pour éviter la concurrence des cours du soir par des chapelles religieuses ou des structures privées. Les familles doivent avoir le choix.

Et quelle sera la suite ?

Nous allons lancer un travail avec l’ensemble de la communauté éducative, pour définir l’école de demain, avec notamment le PEDT (projet éducatif de territoire) mais aussi le projet d’une future école conçue par les enfants eux-mêmes. Nous souhaitons faire évoluer les temps périscolaires pour améliorer leur qualité et stimuler la coéducation pour que tous les temps de l’enfant (scolaire, périscolaire et loisirs) soient reliés entre eux, et interagissent, en coordination avec les familles. Un chemin de l’écolier apaisé est un de nos défis prioritaires, en sécurisant bien sûr les abords mais aussi en travaillant sur la mobilité de manière plus large, avec la gratuité des transports publics, ainsi que des accès piétons et vélos facilités (pédibus et vélobus).

L’aménagement des cours de récréation fait aussi partie de notre réflexion, au-delà de la végétalisation. La citoyenneté, l’inclusion scolaire, la mixité sociale, la rénovation thermique sont des chantiers tout aussi essentiels que nous avons à cœur de faire avancer. Notre responsabilité est immense face aux enjeux sociaux et environnementaux, et vis-à-vis des jeunes générations. C’est par le collectif que nous relèverons ces défis. Soyons solidaires et inventifs pour réaliser l’école de l’égalité des chances !

FANNY DOMBRE-COSTE
Propos recueillis pas Cécile Blanchard

Sur la librairie

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L’évaluation pour apprendre
Sans évincer la dimension critique des débats sur l’évaluation, notre dossier sera centré sur le lien entre l’évaluation et les apprentissages du point de vue de l’élève, pour mieux comprendre en quoi ce jugement permet à l’élève d’avancer, par son effet sur sa motivation, ou sur ses connaissances et compétences.