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Une histoire populaire de la France

Gérard Noiriel, Agone, 2018

22 mars 2019

Une Histoire populaire de la France est une nouvelle étape dans le fertile renouvellement actuel de l’histoire nationale, après les collections de référence chez Belin ou au Seuil, mais aussi l’Histoire mondiale de la France, dirigée par Patrick Boucheron, ou l’Histoire de France vue d’ailleurs, dirigée par Jean-Noël Jeanneney et Jeanne Guérout. Ce renouvellement des perspectives permet à l’enseignant non seulement, simplement, de mettre ses connaissances à jour, mais surtout de revoir de nombreuses questions sous un angle neuf.

Cet ouvrage s’inscrit dans une filiation. Elle est évidente avec l’Histoire populaire des Etats-Unis d’Howard Zinn, auquel même la couverture fait écho avec ses ouvriers en équilibre sur les poutrelles de la tour Eiffel, et avec Les luttes et les rêves, une histoire populaire de la France de 1685 à nos jours, de Michelle Zancarini-Fournel. Cependant le propos en est un peu différent : ce n’est pas un ouvrage qui écrit l’histoire du point de vue des dominés, mais une étude de la domination, c’est-à-dire de l’ensemble des relations de pouvoir qui lient les hommes entre eux.

Cette étude est conduite à travers celle des outils qui permettent la domination : les impôts, l’armée, l’écriture et son rôle dans la fixation des identités. Les phénomènes comme les migrations et l’élaboration progressive de la nationalité permettent des analyses passionnantes. Les résistances et les révoltes, l’invention de la citoyenneté, l’élaboration lente du modèle républicain sont des réponses à la domination du système étatique et des classes dominantes.

Quant au choix des bornes chronologiques, une question toujours sensible dans l’histoire de France, Noiriel le justifie ainsi : « L’histoire de France a donc bel et bien débuté à l’époque de Jeanne d’Arc puisque c’est à ce moment-là que l’état royal s’est vraiment imposé. Le double monopole de l’impôt et de la force publique transforma les liens d’homme à hommes qui caractérisaient le féodalisme en une dépendance collective. Voilà pourquoi on peut affirmer que le XVe siècle fut aussi le moment où émergea le peuple français  ».

Gérard Noiriel a aussi fait le choix éditorial d’une écriture accessible, une histoire sous forme de récit, sans notes de bas de pages. C’est à la fois un ouvrage de vulgarisation de grande qualité, mais aussi une somme érudite qui s’appuie aussi bien sur les historiens classiques que sur les thèses les plus récentes. C’est donc aussi un livre dense qu’on ne doit pas se sentir obligé de lire d’une traite, et une ressource précieuse pour les enseignants du primaire ou du secondaire qui souhaitent réactualiser leurs connaissances et renouveler leurs perspectives.

Alexandra Rayzal