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L’actualité éducative du n° 502 - janvier 2013

Tuteurs et enseignants débutants : des pistes

Qu’est-ce que l’expérience ? C’est l’une des questions auxquelles des chercheurs du laboratoire Cirel de l’université Lille 1 et de l’université Lille 3 ont tenté de répondre les 26, 27 et 28 septembre 2012 à Lille, lors d’un colloque international «  Expérience et professionnalisation dans les champs de la formation, de l’éducation et du travail : “état des lieux et enjeux”  ». Parmi les nombreuses pistes explorées, plusieurs pourraient inspirer utilement les pratiques de tuteurs dans leur accompagnement des enseignants débutants.

Pour les différents intervenants, l’expérience n’est pas le vécu mais l’établissement de liens entre l’action et l’éprouvé, dans un processus de subjectivation. Étienne Bourgeois, s’appuyant sur les apports de John Dewey, a situé l’expérience comme celle «  d’un sujet, engagé dans une activité de transformation du monde, doté de valeurs, qui interagit  » ; en conséquence, elle ne «  peut être perçue que comme finalisée  ».

C’est un travail qui s’engage lorsque le sujet rencontre des situations « indéterminées  ». C’est souvent à des situations indéterminées que sont confrontés les enseignants qui ont été désignés comme tuteurs. Ils l’ont été au regard de leur expertise d’enseignants, mais vont découvrir une nouvelle fonction en accompagnant des stagiaires en année de validation de leur concours.

Un tuteur en dehors

Des intervenants ont nuancé plusieurs formulations touchant à l’expérience. Florence Osty a proposé la distinction entre «  faire des expériences  » (domaine de l’expérimentation), «  avoir de l’expérience  » (domaine de la professionnalité) et «  vivre une expérience  » (domaine du vécu, isolable par les traces qu’elle laisse et le sens qu’on peut lui attribuer).

Pour Patricia Remoussenard, la formalisation de l’expérience ne peut s’opérer que par des médiations permettant de la «  rendre visible et partageable  ». Lorsque la relation entre stagiaire et tuteur s’établit de manière trop affective, la connivence empêchera la constitution d’une formalisation. Privilégier la désignation d’un tuteur hors de l’établissement du stagiaire favorise une distance plus propice au repérage de ce qui relève d’us et coutumes d’un établissement par rapport à ce qui est attendu en année de certification. Dans cette perspective, des temps de formation sont proposés à des groupes constitués d’une dizaine de stagiaires avec leurs tuteurs.

Pierre Pastré, confrontant les concepts d’apprentissage et de développement en lien avec celui d’expérience, soulignait que le premier porte sur des objets et le second sur des sujets, sans aboutissement à un savoir constitué.

« C’est mieux qu’avant. »

Ce développement s’effectue par la confrontation à des problèmes de travail. D’où la difficulté des tuteurs qui se heurtent à quelques stagiaires restés dans une logique d’étudiant (accumuler des savoirs pour réussir un concours) sans implication suffisante dans des situations professionnelles, dans les questionnements qui en découlent et une temporalité longue, condition d’une élaboration qui pourrait «  faire expérience  ».

Pierre Pastré a présenté la formation professionnelle comme un changement «  d’habitude d’activité  » qui suppose un changement de valeur (« c’est mieux qu’avant  »). Cela peut aider à comprendre la manière dont, en fin d’année, la majorité des tuteurs souligne les acquis que cette fonction a permis de développer, notamment l’autoformation, la mise en mots des différentes composantes du métier, l’analyse des pratiques.

Sophie Genès
Formatrice et adjointe de direction, Isfec IdF