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Refondons l’école. Pour l’avenir de nos enfants

Vincent Peillon, éditions du Seuil, 156 pages, 2013

7 juin 2013

Le livre du ministre, qui a au moins le mérite (ce n’est pas le seul) de rendre accessibles au plus grand nombre les lignes de force de la loi pour la refondation de l’école là où la lecture du texte de loi lui-même est parasitée par une série de renvois. Consistant sur le fond, clair , sobre et concis dans la forme, non dénué du sens de la formule, le ministre se propose d’expliquer, de définir, de proposer les grandes lignes de son projet en faisant la chasse « au cynisme et aux arguments paresseux ». Mais on sait combien la tâche est rude, et encore n’ose-t-on pas trop pour l’instant toucher au "sommet" (le bac par exemple)...


Le récent ouvrage de Vincent Peillon Refondons l’école. Pour l’avenir de nos enfants n’échappera sans doute pas aux effets habituels produits par tout écrit d’un homme politique en exercice : convaincre ceux qui en abordent la lecture avec un a priori bienveillant, laisser sceptiques les autres.

Reconnaissons au moins à l’auteur le mérite de rendre accessibles au plus grand nombre les lignes de force de la loi pour la refondation de l’école là où la lecture du texte de loi lui-même est parasitée par une série de renvois. Dans ce texte de 149 pages, consistant sur le fond, clair , sobre et concis dans la forme, non dénué du sens de la formule, le ministre se propose d’expliquer, de définir, de proposer les grandes lignes de son projet en faisant la chasse « au cynisme et aux arguments paresseux ».

Il rappelle une des sources des passions qui se déchaînent lorsqu’on touche à l’école : « Aucun autre service public n’a une telle présence si quotidienne, dans la vie des Français ».Toutefois, si chacun a affaire à l’école, la connaissance qu’il en a est souvent plus émotionnelle que rationnelle et les remèdes mis en avant par certains relèvent davantage de la défense d’intérêts particuliers que d’analyses étayées par les résultats de la recherche, les comparaisons internationales et le souci du bien commun. D’où la reprise de quelques éléments de diagnostic. « Les systèmes scolaires les plus performants, nous rappelle Vincent Peillon, partagent un certain nombre de traits communs. Ils prêtent, au début de la scolarité, une attention particulière aux premiers apprentissages. Ils offrent une véritable formation initiale et continue à leurs enseignants […]. Ils réduisent les inégalités par une certaine forme de mixité scolaire et sociale, et offrent à tous leurs élèves un enseignement commun, jusque tard dans la scolarité. »

Ce sont ces traits communs qui inspirent les propositions majeures de la Refondation : « accorder la priorité au primaire, former les professeurs, améliorer le temps scolaire et le temps éducatif, modifier nos pédagogies, réformer notre système d’orientation, diversifier nos filières d’excellence, moderniser nos pratiques et nos méthodes »

Est-il excessif de parler de « Refondation » ? Non, selon le ministre puisque ce sont les bases mêmes du système, ses fondements qu’il s’agit de revoir. Et parce que « La culture de l’école n’est pas celle de l’émotion et du temps court [mais] de la raison et du temps patient et persévérant », les effets ne seront visibles que dans la durée.

Passer à un système scolaire plus juste, moins inégalitaire : tel est le défi majeur. Si la refondation de l’école concerne les structures elle ne pourra se réaliser sans l’engagement de tous pour « transformer l’intelligence et la volonté en actes ». Vincent Peillon insiste : « La refondation de notre école doit concerner les structures mais aussi les esprits et les pédagogies »

Selon quelle alchimie entre impulsion du haut et implication du bas ? Les blocages sur les rythmes scolaires montrent que la partie sera rude. « Tout le monde était pour... en paroles. Mais personne n’a osé l’entreprendre. Tout le monde était pour, mais pas cette réforme-là, pas maintenant... Le problème, c’est que personne n’en propose d’autre qui recueille l’assentiment. » (interview à l’Express).

Emmanuel Davidenkoff, dans un article du Huffington Post (9 janvier), pointe bien cette difficile synergie entre l’impulsion nécessaire « d’en haut » et l’implication non moins nécessaire « de la base » : « Refonder l’école sans offrir de perspectives d’avenir radicalement différentes aux élèves de collège et de lycée, à leurs parents, à leurs enseignants, refonder l’école sans réformer le bac, les classes préparatoires et l’accès aux grandes écoles, refonder l’école sans reformer la carte scolaire afin d’éviter que le service public ménage et nourrisse en son sein les inégalités qu’il prétend combattre, refonder l’école "par le bas" portera sans doute quelques fruits, mais ne fera pas reculer l’élitisme d’un iota. Car l’école, si elle tient bien "par le bas", change "par le haut". »

Des craintes à prendre en considération mais qui ne devraient pas pour autant justifier l’immobilisme. Comme le rappelait Philippe Watrelot, président du CRAP : « Nous avions intitulé nos premières Assises de la pédagogie, en 2007 (!), “Résister et proposer”. Aujourd’hui dans un contexte différent, nous voulons “proposer et agir ”, pour changer l’école. Et ne pas oublier l’essentiel : les élèves. »

Nicole Priou