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L’actualité de la recherche, par l’Ifé

Question de rythme ou de forme ?

Entretien avec Marie Gaussel

12 mars 2013

Pour qu’une réforme soit efficace, elle doit prendre en compte tous les temps éducatifs de l’enfant, le scolaire bien sûr, mais aussi le péri et l’extrascolaire. Dénigrer ces temps et les rejeter en marge du système éducatif, c’est ignorer les savoirs issus de ces temps intermédiaires, mais aussi laisser s’accroitre les inégalités. Se pencher sur les rythmes ne suffit donc pas. C’est à la forme scolaire et non scolaire que l’on doit s’intéresser. Marie Gaussel vient de faire une étude sur le sujet et nous en parle.


Pour que l’on s’entende bien sur les termes... Que met-on dans péri et extrascolaire ?

Le temps périscolaire se situe immédiatement avant ou après l’école, le plus souvent dans l’enceinte de l’école (la période d’accueil avant la classe, le temps de la restauration, le temps d’après la classe, les études surveillées, l’accompagnement éducatif, les activités culturelles et sportives). Les activités extrascolaires, elles, ont lieu à l’extérieur de l’école, en dehors du cadre scolaire, pendant les congés.

Et qu’est-ce exactement que la forme scolaire ?

On peut dire qu’elle matérialise, pour les enfants de 3 à 18 ans (ou 6 à 16 ans selon l’obligation légale), le cadre de leur éducation de base au sein d’un groupe composé en fonction d’un secteur d’habitation et de l’âge. La forme scolaire récompense et privilégie certains savoirs et compétences (calcul, lecture) et en néglige d’autres (cuisine, art). Les normes qu’elle impose marginalisent les connaissances ne figurant pas au curriculum et invalident les autres types de modes de transmission. L’idée que la société dans son ensemble soit aujourd’hui cognitive, éducative et ne se réduise pas à l’espace scolaire est largement répandue. Pourtant, la dominance du cadre scolaire dans la sphère de l’éducation empêche une véritable réforme de l’organisation scolaire.

Les échanges entre le ministère et par exemple le CAPE (le collectif des associations partenaires de l’école) semblent montrer toutefois que cela change, non ?

Sans doute, mais l’affaire n’est pourtant pas neuve et tarde donc à se mettre en place. Les dispositifs d’accompagnement à la scolarité, lancés en 1992 et renforcés en 2001 par la charte nationale de l’accompagnement, visent à englober tous les temps de l’enfant en associant les personnes qui contribuent à son parcours éducatif. L’accompagnateur ne se substitue pas à l’enseignant, mais prolonge son action dans le domaine des activités périscolaires, en aidant l’enfant à tirer le meilleur parti de l’école. Concrètement, cela induit de travailler en complémentarité dans les actions locales et municipales autour de trois axes principaux : l’éducation à la citoyenneté et le développement de l’autonomie, la continuité de l’acte éducatif avec un partenariat entre école et commune et les cycles charnières d’apprentissage.

Est-ce que cela fonctionne hors de nos frontières ?

Oui. Je pense à Reading Recovery, programme initié à l’origine en Nouvelle-Zélande, qui met en place des cours particuliers pour les enfants de CP en difficulté. Ces interventions servent de complément à l’enseignement en classe. Les élèves suivent un cours d’une demi-heure par journée scolaire pendant douze à vingt semaines, dispensé par un enseignant spécialement formé. Dès que les élèves atteignent le niveau d’aptitude en lecture attendu pour leur classe et montrent qu’ils peuvent continuer à apprendre seuls, d’autres élèves les remplacent. L’objectif de ces cours est de promouvoir un apprentissage accéléré pour que les élèves puissent rattraper leurs pairs, refermer l’écart le plus rapidement possible et poursuivre leur apprentissage de manière autonome.

Il s’agirait de penser l’enfant dans sa globalité, donc ?

Oui. Et cela permet de lui donner un rôle actif dans son parcours éducatif. Cette orientation issue de l’éducation populaire traduit la possibilité pour tous de poursuivre son éducation au-delà de l’école et du temps scolaire. On y englobe la culture intellectuelle, esthétique et professionnelle. Et pourtant, vouloir attribuer à tout prix une valeur scolaire à tous les temps de l’enfant, c’est aussi lui refuser un droit au jeu, au repos, à la rêverie. Pourquoi ne pas laisser aux enfants le choix de ne rien faire ou d’organiser eux-mêmes les activités dont ils ont envie ?

N’est-on pas là dans une formation tout au long de la vie ?

C’est cela, oui. Et celui qui apprend se trouve dans un cadre d’expérience qui privilégie le tissage d’autres liens éducatifs. On pourrait imaginer alors un nouveau modèle de transmission et de validation des compétences qui réunirait savoirs académiques et savoirs issus de l’expérience, des interactions avec les autres, de contextes variés, de l’environnement, etc. Il serait nécessaire de réfléchir alors à l’ergonomie des espaces éducatifs, à l’intérieur de l’enceinte scolaire, mais aussi au-delà.

Propos recueillis par Christine Vallin

Pour en savoir plus

Marie Gaussel, «  Aux frontières de l’école ou la pluralité des temps éducatifs  », dossier d’actualité Veille et Analyses, n° 81, 2013.
En ligne : http://ife.ens-lyon.fr/vst/DA/ListeDossiers.php