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N° 416 - Dossier "Analysons nos pratiques 2"

Quelques précautions en préliminaire

Par Patricia Picques

Des expériences qui nourrissent et transforment la pratique de formatrice.

« Chat échaudé craint l’eau froide »

Florilège de répliques marquantes qui ont grandement influé ma pratique ces dernières années.

  • « Comme vous nous avez dit en début d’année que ce n’était pas évalué, on a compris que ça ne comptait pas, que ce n’était pas important ». Certes je suis fermement persuadée qu’on ne peut pas cumuler l’animation-formation et l’évaluation mais il vaut peut-être mieux que je leur explique pourquoi je fais ce choix.
  • « Ah oui je comprends pourquoi je ne comprends pas... Vous êtes prof de Français ». Ca c’est le même qui me disait « Pour être un bon prof il y a une règle mais on ne veut pas nous la donner, ils veulent qu’on la trouve tout seuls ». Bon, ne pas oublier : pour les profs de maths faire un petit point sur les différents types de pensées, en particulier logique explicative et logique compréhensive et un plaidoyer pour le droit à la différence dans le travail d’équipe.
  • « Les sciences humaines ce n’est pas des sciences », là c’était un physicien. Un sourire, une prière à Bourdieu, rester calme et poser tout de suite en début d’année les référents théoriques et les « savoirs scientifiques » fondant l’Analyse de Pratiques. Ca fait plus sérieux pour les sceptiques.
  • « Vous nous dites bonjour parce que vous voulez nous manipuler ». Tiens, le parano de service, une petite dose d’Analyse Transactionnelle pourra peut-être lui être utile.
  • « Vous nous prenez pour des élèves ». Alors celle-là, c’est la pire, celle qui m’est restée en travers de la gorge... Puis j’ai compris. J’ai l’habitude de mettre l’accent sur la possibilité de réinvestir en classe les protocoles mis en œuvre en formation. Ce qui ne pose pas problème en formation continue peut bloquer en initiale. Donc éviter le « ce que j’utilise avec vous, je l’utilise aussi avec des élèves », beau travail de reformulation au long cours.

« Heureux commencement est la moitié de l’œuvre »

Convaincue par Claudine Blanchard-Laville, je prends maintenant du temps à la première séance pour instaurer le cadre de travail afin de limiter les incompréhensions et prendre en compte leur méfiance vis-à-vis de l’institution, et même des formateurs. C’est un temps symbolique fort que je mets en scène : éclaircir mon statut institutionnel, retracer mon histoire de professeure et de formatrice, revendiquer mes valeurs et me positionner dans le débat sur l’école, poser les enjeux de l’Analyse de Pratiques et affirmer que nous sommes en formation d’enseignants et non en situation d’enseignement. (Je revois ici la tête d’A., cette année à la première pause « Ca alors, vous nous prenez pour des collègues et pas pour des élèves ». Cela semblait contraster fortement avec son vécu en formation disciplinaire).

« Il vaut mieux avoir affaire au Bon Dieu qu’à ses Saints »

Facile à dire qu’il faut éviter la modélisation (et Dieu sait que c’est un discours que je tiens aux Maîtres de stage) mais je vois bien que pour certains - en particulier les jeunes femmes - la « bonne analyse » ne peut venir que de la formatrice. Regard accrocheur, corps incliné, stylo brutalement fébrile... Il est temps d’échapper à la relation duelle et de me fondre dans le groupe.

« L’erreur est humaine »

Ne pas hésiter à parler de mes pratiques plus ou moins récentes et prendre ma part de risques (éviter le fameux reproche du théorique) mais les évoquer accompagnées de mes doutes, de mes questions... Quand nous abordons le chapitre de la visite de validation, sujet hautement sensible pour ces « redoublants », le récit de ma dernière inspection les touche dans sa dimension humaine. C’est N. qui vient me dire qu’elle apprécie que je parle de mes faiblesses, de mes cafouillages... Toute la dimension de bricolage qui disparaît dans le discours de son maître de stage qui veut lui montrer un cours parfait.

« On ne va jamais si loin que lorsqu’on ne sait pas où l’on va. »

Lanceur volontairement imprécis, choix de la situation laissé au groupe... Voilà un nouveau plongeon dans l’inconnu. Toute séance est expérience de la nouveauté au-delà de situations apparemment proches. Plaisir anticipé du récit et de sa charge de vie, d’émotions, de surprises ; quasi vacuité pour accueillir sans intentionnalité la parole d’un(e) Autre en retenant ses questions. Encore une fois il me faut faire le deuil de la maîtrise... Plaisir et frustration à tresser encore et toujours.

« Connais-toi toi-même. »

De belles années d’Analyse de Pratique en perspective !

Patricia Picques, professeure-formatrice à l’IUFM Nord/Pas-de-Calais


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