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Quelle pédagogie dans le supérieur ?

Avant-propos par Marie-Françoise Fave-Bonnet et Richard Étienne


Le numéro que nous avons le plaisir de vous présenter aborde la question de la pédagogie au sens large, comme c’est la tradition des Cahiers pédagogiques, mais, cette fois-ci, pour ce qui concerne l’enseignement supérieur. En effet, les débats sur l’enseignement supérieur ne manquent pas, mais la question de la pédagogie dans l’enseignement supérieur reste une boite noire, dans la mesure où l’héritage humboldtien [1] de notre université privilégie la recherche sur toute autre forme d’activité.

Pourquoi dans l’enseignement supérieur et non à l’université ? Parce qu’on a tendance souvent à confondre les deux niveaux dans ce système complexe alors qu’en fait, sur les 2 316 000 étudiants [2] (chiffres arrondis de l’année 2009-2010) seulement 1 268 000 sont dans une université (hors IUT et IUFM), 118 000 dans un IUT (institut universitaire de technologie), 240 300 dans une STS (section de techniciens supérieurs), 81 100 en CPGE (classe préparatoire aux grandes écoles) et 608 800 dans d’autres établissements de formation du supérieur (écoles d’ingénieurs, paramédicales et sociales, de commerce et de gestion, etc.).

Cette grande diversité d’établissements doublée d’une inégalité de financement (9 000 euros par étudiant en moyenne pour l’université et 14 000 pour les CPGE) entraine de très grandes différences de conditions pédagogiques pour les étudiants : différences entre public et privé, entre filières générales et professionnelles, entre formations sélectives ou non sélectives, entre premier cycle et troisième cycle, entre accueil de masse et élitisme, etc.

À ces différences dues généralement aux financements, il faut ajouter que les missions de ces établissements ne sont pas les mêmes : les universités ne sont pas seulement des institutions d’enseignement et de formation, mais aussi de recherche. De plus, les enseignants du supérieur ont aussi des profils et des statuts très divers : fonctionnaires, contractuels ou vacataires. Tout cela induit des investissements différents. Un point commun toutefois (hélas) : une quasi-absence de formation pédagogique.

Ce numéro rassemble des contributions spontanées issues de l’appel à communication lancé sur le site des Cahiers pédagogiques et quelques articles de spécialistes que nous avons sollicités. De ce fait, il correspond bien à notre projet : faire cohabiter dans un même numéro des témoignages, des articles de fond, des comptes rendus d’expériences, des « coups de gueule ». Bref, des points de vue différents, ouvrant à la réflexion et à la discussion. Les auteurs, français ou étrangers, qui ont bien voulu se lancer avec nous dans cette aventure sont donc étudiants, enseignants, responsables de filières, présidents ou vice-présidents d’universités et chercheurs en éducation ou sur le supérieur. Toutes et tous convaincus qu’il faut améliorer la pédagogie universitaire [3].

Cet ensemble de contributions reflète bien les préoccupations actuelles concernant la question de la pédagogie à l’université et établit l’urgence d’une prise de conscience et de décisions dans ce domaine. Quatre grands thèmes structurent donc ce numéro. D’abord, une série de constats et de perspectives. Puis la question (ô combien d’actualité !) de la formation des enseignants des et dans les universités. Une troisième partie aborde des questions pédagogiques et la formation des enseignants-chercheurs. Enfin, le numéro se termine par une série d’innovations pédagogiques, preuves que celles-ci sont tout à fait possibles lorsque les enseignants sont convaincus et motivés.


[1L’université française a cette triple caractéristique d’être à la fois l’héritière d’une université napoléonienne fortement centralisée et contrôlée par l’État, de l’université de Berlin dessinée par Wilhelm Von Humboldt dès 1810 (une articulation entre l’enseignement et la recherche) et de Mai 68, avec des instances élues par les enseignants-chercheurs, les étudiants et les personnels administratifs et techniques.

[2Dans ce texte comme dans l’ensemble de ce numéro, le masculin est grammatical et inclut deux genres.

[3Nous tenons particulièrement à remercier Pierre Dubois, professeur de sociologie, d’avoir mis gracieusement à notre disposition les photos de son blog « Histoires d’universités ».