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Recension parue dans le N° 370 de janvier 1999

Pour une mémoire des religions

François Boespflug, Françoise Dunand, Jean-Paul Willaime, La Découverte, 1996, 204 pages

18 janvier 1999


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Un enseignement sur les religions serait-il contraire à la laïcité de notre école publique ? Ce livre conclut sur la "laïcité ouverte", définie comme "la défense d’un espace public pluraliste où peut se déployer un questionnement ininterrompu, non seulement sur les religions et les visions séculières de l’homme et du monde, mais aussi sur les croyances qui sont au fondement même des idéaux et pratiques modernes" (p. 189), et rapprochée de ce qu’Edgar Morin appelle "la raison ouverte". L’école peut préparer à la "laïcité positive" en aidant chaque élève à s’intégrer à la société globale, non en l’arrachant à sa culture propre, mais en l’aidant à la situer et à prendre conscience en même temps de celle du pays dont il est citoyen : "les cathédrales font partie intégrante du patrimoine des jeunes Beurs et réciproquement : l’islam et le judaïsme ont un rôle dans l’histoire nationale qui demande à être restituée pour tous" (p. 175). Ainsi, l’inculture religieuse doit être combattue, "l’inhibition" de bien des professeurs à traiter de ces questions, au nom d’une "déontologie honorable mais peut-être mal placée dans la mesure où l’enseignant s’oblige au même type de laïcité que celui qui définit l’État" (p. 119), doit être surmontée. Il faut une "laïcisation de la laïcité", non pas une alternative aux religions, mais "un principe régulateur du pluralisme des convictions religieuses et non religieuses présentes dans la société civile" (p. 58), dans la société actuelle. Ce n’est pas un biais pour une "réassurance morale à travers la religion" (p. 85), et d’ailleurs "les religions n’ont pas le monopole des valeurs" (p. 182). L’histoire des religions n’enseigne qu’une valeur : "la valeur de l’attention à l’autre, individuel ou collectif [...] La valeur de tolérance n’est après tout qu’un fruit (non le moindre !) de la valeur accordée à autrui dans sa différence" (p. 182). Il ne s’agit pas d’adopter le système d’Alsace-Moselle, comme certains y pensent, non plus que celui d’autres pays européens, "il s’agit au contraire d’explorer une voie originale en réfléchissant à l’introduction à l’école publique d’un cours d’histoire des religions qui respecte la tradition de la laïcité française" (p. 83). Ces préalables admis, reste à dessiner les contours d’un tel enseignement.

Jacques George


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