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Parution du N° 558, « Les élèves migrants changent l’école »

Pour que l’égalité ne soit pas qu’un slogan

Interview des coordonnateurs, Jean-Pierre Fournier et Françoise Lorcerie

10 janvier 2020

L’école française peut afficher les réussites éclatantes de jeunes venus de loin, à tous les sens du terme, et parvenus à une heureuse insertion dans notre pays. Est-ce l’image dominante, ou y a-t-il davantage de jeunes migrants voués à des parcours semés d’embûches et terriblement incertains ? Suite à la parution de notre dossier « Les élèves migrants changent l’école », les coordonnateurs nous en disent plus.


Vous insistez sur le besoin et le désir d’école de ces jeunes venus d’ailleurs, mais aussi sur les rêves brisés de beaucoup. Cette double image est-elle une des idées forces que vous aimeriez voir portées par le dossier ?

Jean Pierre Fournier : Oui, car nous avons voulu être dans ce réel difficile, celui de l’accueil (il faut répondre présent, c’est un impératif si on ne veut pas éternellement jouer les hypocrites), et celui des obstacles : la France n’est pas un eldorado, et que de difficultés pour la grammaire ou l’orthographe françaises !

Françoise Lorcerie : Nous avons voulu aussi faire voir qu’il y a beaucoup de gens qui s’activent autour de l’accueil scolaire de ces jeunes : des militants associatifs, des bénévoles, et même parfois des établissements privés. On ne le sait pas assez dans l’école. Ce sont des partenaires méconnus qui ont parfois le sentiment d’être cantonnés à la porte.

Les enseignants des classes UPE2A (unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants) qui scolarisent les jeunes migrants sont des gens modestes, et pourtant, leurs pratiques pédagogiques si inventives et diversifiées, ne gagneraient-elles pas à être diffusées davantage au bénéfice des classes « ordinaires » ?

JPF : Si, et c’est la meilleure réponse à ceux qui voient ces jeunes migrants comme un « problème ». Ils appellent, comme tous les publics non « calibrés » (jeunes des classes populaires en général, jeunes en situation de handicap...), d’autres voies d’accès aux savoirs. Ce sont des occasions qui peuvent profiter à tous et que nous voulons donc faire connaître.

FL : Plusieurs articles du dossier le disent expressément. Oui, cette différenciation didactique est une obligation flagrante en UPE2A, il faut faire des groupes avec des consignes de niveaux de difficulté différents. Mais pourquoi serait-ce spécifique à ces classes ? Nous avons au contraire tenté de montrer au lecteur que ce type d’outillage peut parfaitement s’adapter en classe « ordinaire ». Qui n’a pas d’élèves « à la traine » ?

Vous consacrez une partie à la question de l’inclusion des jeunes migrants dans les classes « ordinaires » après leur scolarisation en UPE2A ; cela reste un moment difficile du parcours, pour eux comme pour les enseignants ?

JPF : C’est un moment délicat mais qui pousse à la souplesse et à la créativité.

FL : L’inclusion peut être un souci pour les élèves et pour les enseignants, c’est vrai. Elle concerne les professeurs qui enseignent les matières comme les maths, l’EPS, dans les classes ordinaires auxquelles les élèves d’UPE2A sont rattachés (puisque tous sont inscrits dans une classe ordinaire correspondant à leur niveau scolaire), et elle concerne, l’année suivante, les profs de toutes les disciplines qui reçoivent les élèves ayant terminé leur propédeutique linguistique en UPE2A. C’est l’aspect le moins élaboré du dispositif. La différenciation didactique serait indispensable dans ces classes ordinaires, or elle reste rare. Notamment, les enseignants sont gênés pour l’évaluation. Il y aurait tout un travail de concertation à mener dans les établissements pour concevoir une évaluation formative, adaptée aux besoins et capacités des jeunes.

Si vous aviez à retenir un maître-mot pour ces contributions en vue d’une école accueillante, sans condescendance, aux élèves migrants, ce serait lequel ?
 
JPF : Ouvrir son cœur et son cerveau, ou, pour reprendre une thématique récemment illustrée par les Cahiers, faire un usage intelligent de ses émotions. Une empathie outillée, en somme.

FL : Et il y a aussi une dimension collective et politique. Les élèves d’UPE2A pourraient être les ferments d’une réflexion collective pour que les établissements développent leurs compétences d’inclusion, avec leurs partenaires externes.

Propos recueillis par Florence Castincaud

Sur la librairie

 

Les élèves migrants changent l’école
Les migrations internationales ne font pas seulement l’actualité, elles sont le présent de notre école. Son futur aussi. Sans prêter foi aux images qui veulent faire peur, prenons-en acte. Comment faire pour accueillir des élèves de toutes origines, de tous âges et de toutes langues maternelles ?

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