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Perspectives didactiques en philosophie. Éclairages théoriques et historiques, pistes pratiques

Collectif, dir. Michel Tozzi, Lambert-Lucas, coll. Didac-Philo, 2019

1er avril 2020

L’ambition de ce livre est double : d’une part faire le point sur l’histoire récente de la didactique de la philosophie et ce qu’elle est actuellement, d’autre part tracer des voies possibles pour la suite de cette évolution. Pari tenu.

Par didactique du philosopher, on entend ici tout ce qui concerne la classe de terminale en France, mais aussi les pratiques avec les enfants et les adolescents qui se sont considérablement développées depuis vingt à trente ans suivant les pays.

On a d’abord des éléments d’histoire de cette didactique, avec des ouvertures sur des pays francophones, Suisse, Belgique, Québec, d’où viennent certains des contributeurs. Les controverses ou questions vives sont abordées : par exemple, peut-on enseigner la philosophie par compétences ? La discussion est-elle un outil pour la pensée et l’apprentissage du philosopher ? Et comme les auteurs sont enseignants de philosophie avant (chronologiquement) d’être des didacticiens, ils convoquent la tradition de la discipline : pour la discussion, cela va de Platon qui montre les limites de l’écrit à Deleuze pour qui « la philosophie a horreur des discussions ».

Les processus de pensée spécifiques à la philosophie ou importants pour sa pratique se voient consacrer chacun un chapitre : problématisation, conceptualisation, argumentation, interprétation et exercice de l’esprit critique. Notons que la réflexion sur l’interprétation en philosophie et sa didactisation est plutôt récente et de ce fait encore peu connue ; ce chapitre a donc quelque chose de novateur. Chaque notion est définie, analysée, et les façons d’enseigner ces processus sont interrogées. Là encore, les thèses divergentes sont prises en compte : on distingue ainsi trois conceptions du concept philosophique, issue l’une du rationalisme occidental classique, l’autre de Kant, une troisième de Nietzche. Pas de pensée unique ; ce qui réunit les contributeurs est l’idée qu’on peut didactiser l’enseignement de la philosophie pour aider les élèves à entrer dans son apprentissage et sa pratique.

Les principaux objectifs étant présentés, on peut alors se consacrer aux activités de la classe : lire, discuter, écrire, avec un éclairage particulier sur la dissertation, tradition française et épreuve du bac obligent. Quelles sont les particularités de chacune dans le domaine de la philo, comment garantir que lecture, discussion ou écriture seront bien philosophiques ? Car on peut lire un texte littéraire de façon philosophique comme lire un texte canonique de façon non philosophique, par exemple… Quelles difficultés pour les élèves (et même les professeurs) ? Le souci d’armer les élèves en matière de méthodologie est constant, explicitement ou implicitement, même si Nicole Grataloup interroge l’idée de méthode qui est, selon elle, « un carrefour de problèmes ».

Comme les auteurs sont d’abord des praticiens, le tout s’actualise dans de nombreuses propositions d’activités, réparties dans chaque chapitre en fonction de son sujet. On trouvera ainsi des exercices pour apprendre à conceptualiser, problématiser, pour accompagner la lecture ou pratiquer des formes diverses d’écriture philosophique qui, le moment venu, enrichiront la pratique de la dissertation et peut-être conduiront les élèves à moins craindre cet exercice. Une bonne partie de ces activités est adaptable à d’autres niveaux que la classe de terminale, quelques unes seront à réserver aux lycéens et aux étudiants.

J’ai apprécié l’interaction constante entre appui sur la tradition philosophique, savoirs en matière de didactique et pratiques de classe, ainsi que la volonté de rendre aussi efficace que possible — voire, pourquoi pas, agréable intellectuellement — l’enseignement de la philosophie sans jamais nier la difficulté de cette discipline pour les élèves ni en rabattre sur les exigences de sa pratique. Les professeurs de philosophie, les étudiants qui souhaitent le devenir et leurs formateurs devraient apprécier aussi, tout comme ceux qui pratiquent l. a philosophie avec leurs élèves dans d’autres classes que la terminale.

Elisabeth Bussienne