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N° 566, « Co-intervention : à deux dans la classe »

Parution du hors-série « Le débat en classe : modes d’emploi »

Questions à Florence Castincaud, coordinatrice du hors-série

15 janvier 2021

En quoi est-ce important de débattre en classe ?

La période dans laquelle nous sommes bruit de débats en tous genres, dans tous les médias et les réseaux sociaux. Des débats éclairants, et d’autres navrants. Des débats d’affrontement, et d’autres d’approfondissement. Des débats aux multiples visées, déclarées ou cachées. Nos élèves sont plongés dans ce monde bruyant, et, dès leur jeune âge, dans la vie de famille et la vie sociale, ils sont amenés à se passionner, prendre parti, argumenter, contredire.

À l’école aussi, ils sont friands de débats. Pas si simple, pourtant, de faire de ce genre social un genre scolaire utile à la formation des enfants et des jeunes, mais c’est indispensable. Sur un plan social et éthique, le débat permet à chacun d’expérimenter l’intérêt de chercher à construire ensemble, par la raison, des biens intellectuels (solutions, décisions, connaissances, etc.) qui vont faire partie du bien commun. Une démarche qui, comme le dit une auteure du dossier, oblige les élèves à davantage de présence intellectuelle, d’attention à ce qui se dit, à travers les tâtonnements et les confrontations. Et, bien sûr, de prise en compte du point de vue de l’autre sur les objets qui sont mis en débat. On le voit, l’enjeu est très fort.

Pour cela, le rôle de l’école va être, tout autant que le débat lui-même, le «  retour sur » : apprendre à différencier les arguments utilisés, leur validité, ce sur quoi ils s’appuient, leur origine, etc. Moments difficiles qui ne peuvent se construire que peu à peu, car ils demandent à chacun de prendre de la distance avec ce qui, souvent, lui tient à cœur comme faisant partie de lui.

Quels outils trouvera dans le dossier un enseignant qui souhaite se lancer dans le débat ?

Beaucoup d’enseignants sont convaincus des bénéfices qu’on peut retirer d’un vrai débat, mais sont échaudés par des tentatives décevantes. Ces dernières années, c’est surtout le débat à visée philosophique qui a eu, et c’est tant mieux, le vent en poupe, à tous les niveaux scolaires, et a fait l’objet de nombreuses publications « outillantes » pour les enseignants. Également, dans une moindre mesure, le débat d’interprétation littéraire. Ce dossier souhaite contribuer pour sa part à élargir la palette des visées et des dispositifs possibles en classe, en tenant compte du temps d’apprentissage nécessaire pour cela : écouter, prendre la parole, préparer des arguments, inclure ses émotions dans la discussion sans en être submergé, cela ne se fait pas en un jour (pour les adultes non plus !). Des collègues proposent dans ce dossier des façons de débattre qui incluent l’écrit, la mise en groupes, le dessin, la suspension et la reprise, la régulation par l’enseignant ou par les élèves, ou un mixte des deux. Avec des visées diverses que l’enseignant doit avoir clairement en tête : débattre pour prendre une décision collective ? Pour approfondir une question de société ? Pour un jeu de rôle ? Pour acquérir un savoir ? Comment cela se traduit-il dans les diverses disciplines ?

Le dossier fait aussi une place particulière aux outils langagiers que les élèves ont à s’approprier pour que les débats soient des temps où on apprend à penser. Ces mots qui servent à approuver, réfuter, ajouter, s’adosser à la pensée de l’autre, introduire un exemple ne viennent pas spontanément : on a avantage à les mettre à la disposition des élèves et en exercer l’usage, en faisant attention, bien sûr, aux modalités propres à l’oral qui n’utilise pas les mêmes connecteurs que l’écrit ni les mêmes tournures syntaxiques. Il ne s’agit pas d’apprendre à parler comme des livres, mais d’identifier avec les élèves des conduites langagières qui manifestent qu’on ne prend pas la parole seulement pour parler, mais pour contribuer à faire avancer la question débattue.

Est-ce qu’on peut débattre partout, tout le temps et à tout âge ?

Derrière cette question, il y a souvent la crainte de sombrer dans un relativisme qui renverrait à «  chacun pense ce qu’il veut », en mettant à égalité sans distinction des croyances, des opinions, des savoirs qui font consensus, sans autre visée que l’expression des individus. Pour éviter cette dérive, le débat, comme tout dispositif pédagogique, doit avoir sa raison d’être, et parfois ce n’est pas ce choix qui est pertinent. Ainsi, sur le site des Cahiers pédagogiques, à la suite de l’attentat d’octobre 2020 contre Samuel Paty, un des articles plaidait pour une prise en compte des différents temps nécessaires (celui de l’émotion, celui des questions, celui de la réflexion), là où spontanément on aurait pu penser «  débat ». Dans des situations qui n’ont pas ce caractère tragique, on gagne aussi à peser la pertinence du mode «  débat » en fonction des élèves, des relations dans la classe, de la prégnance affective du sujet. Mais à condition d’être au clair sur ce que l’on fait et dans quel but, oui, c’est possible très tôt : pensons aux débats scientifiques qu’organise La main à la pâte [1], par exemple dès le cycle 2 à l’école.

Quelle peut ou doit être la place du débat dans l’enseignement de l’oral, qui fait désormais l’objet d’une évaluation (appelée sans doute à évoluer) au baccalauréat ?

L’intérêt du débat est de mettre l’accent sur l’aspect social de l’oral : parler pour d’autres et avec d’autres, mais tout autant apprendre à écouter et à prendre en compte la parole de l’autre. Cet apprentissage, désormais bien inscrit dans les programmes de l’école et du collège, devrait amener au lycée des élèves beaucoup mieux formés et capables d’assumer une parole individuelle en solo ou dans un échange collectif. On mesure bien cependant le temps nécessaire à la mise en œuvre de ces apprentissages forcément pluridisciplinaires, si l’on veut s’assurer qu’ils ne profitent pas d’abord, encore une fois, à ceux à qui leur histoire personnelle et sociale en a donné la clé. La variété des propositions pratiques contenues dans ce dossier et les éclairages de chercheurs très proches du terrain pourront, nous l’espérons, y aider.

Propos recueillis par Cécile Blanchard

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L’image d’Épinal veut que l’enseignant soit seul dans sa classe face aux élèves. Or, de nombreuses pratiques de co-intervention, régulières ou ponctuelles, existent au sein des classes. Ce dossier s’intéressera donc à la co-intervention et au coenseignement, à ces espaces-temps où on est deux en classe avec les élèves.


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