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La chronique de Nipédu du n° 558

Paganisme pédagogique


Il est étonnant de constater que nombre d’enseignants qui se sont découvert une vocation pour le métier au hasard de leur parcours peuvent basculer dans la foi du converti, se donnant corps et âme à leur passion pédagogique. Là où ceux issus du sérail, ou disposant pour une raison ou pour une autre de représentations plus factuelles du métier, peuvent avoir une relation moins passionnée, plus pragmatique.

Rien de sociologique dans cette approche, mais une constatation née des rencontres çà et là avec de nombreux professionnels en établissement, ou en arpentant les salons de l’éducation, de l’innovation pédagogique et autres universités du numérique éducatif.

Quel que soit le profil, chacun a besoin de raccrocher sa professionnalité à des courants ou théories, la palette allant de la tradition d’un «  saint patron  » de la pédagogie jusqu’aux dernières avancées à la pointe des neurosciences. Ces temps-ci, ces dernières ne faisaient d’ailleurs que confirmer ou renforcer les intuitions des premiers, pionniers pèlerins pédagogiques.

La preuve

En termes de recherches, l’engouement actuel va vers l’evidence based education. Il s’agirait de promouvoir les méthodes d’enseignement-apprentissage qui ont fait leurs preuves scientifiques, qui ont toute l’attention voire sont prônées par le ministère de l’Éducation nationale. Si la sociologie a montré la voie de sa propre remise en question en enterrant certaines recherches emblématiques ou fondatrices, est-il envisageable que les sciences de l’éducation puissent y arriver également un jour futur ? Ou n’est-ce concevable que dans une uchronie ? [1]

Il nous semble peu connu du monde éducatif et à fortiori du grand public qu’en termes de recherches, seules celles mettant un effet au jour (qu’il soit positif ou négatif) sont publiées. C’est même une condition de leur publication. Pourtant, ne serait-il pas tout aussi important de signaler les actions, dispositifs pédagogiques et gestes professionnels dont l’effet est nul ?

Par ailleurs, la recherche s’attache à identifier les pratiques qui, en elles-mêmes, seraient efficientes, en les décorrélant de l’effet maitre. Or, pour ce métier de l’humain, la double interrogation majeure du praticien devrait être : «  Est-ce bien possible, est-ce souhaitable ? Ne serait-il pas plus efficient d’intégrer l’effet enseignant, de l’encourager et d’y former les professionnels de l’éducation, voire d’en faire une condition de recrutement ?  »

À quel saint se vouer ?

Chacun a la liberté pédagogique d’utiliser tel dispositif prôné par les collègues, de s’inspirer des grands pédagogues qui ont traversé le temps, d’user des apports des neurosciences, de la nouvelle solution EdTech à base d’intelligence artificielle, etc. Loin de nous l’idée de remettre tout en question, de sous-entendre que tout se vaut donc que rien n’a de valeur, laissant un boulevard au dernier gourou de l’éducation [2]. La question est complexe, les questionnements posés ici sont en cheminement. Et si, pour donner du sens, l’enseignant a besoin de croire en ce qu’il fait, sa vérité ne devrait-elle pas consister en un alliage protéiforme très personnel et contextuel, toujours à interroger et évolutif ?

Pas de saint auquel se vouer, mais se nourrir aux seins de sources multiples. Soyons des païens pédagogiques !

Régis Forgione
Avec Fabien Hobart et Jean-Philippe Maitre


[1Nipédu 404, 24 juillet 2034, https://tinyurl.com/ruse649

[2Nipédu 110, La vérité pour les profs, https://tinyurl.com/rrsrryd.

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